Salaün Mag 5

Salaün Magazine |  Page 77 Ici, c’est Sarajevo ! Chez nous, c’est devenu une expression, le symbole d’un désordre insurmontable, d’une vie sans lendemain dans une ville qui n’avait laissé son nom dans l’histoire que pour avoir été le théâtre d’un attentat qui mit le feu à l’Europe et donna le signal à une guerre dont on n’imaginait pas la dureté ; et dont on ne savait surtout pas qu’elle engendrerait, au bout du compte, une autre plus terrible encore. Et pour les habitants des Balkans, une troisième… De 1991 à 1995, la Bosnie a été broyée par son allié d’un jour – la Croa- tie – et son ennemi du lendemain – la Serbie. Et Sarajevo, sa capitale, fut prise en otage et vécut un siège de 1500 jours qui affama et terrorisa la population. Nous avons tous en mémoire ces images de gens traver- sant en courant la grande avenue de Sarajevo et s’écroulant, victimes de tirs de snipers  ; les images d’une ville s’effondrant sous les bombar- dements d’un ennemi planqué sur les montagnes autrefois rassurantes. Aujourd’hui, on a rangé les fusils et c’est en avion ou en autocar que l’on découvre Sarajevo ! C’est une ville magnifique ! Vous saviez, vous, qu’il y avait un vieux quartier musulman à Sarajevo ? Avec des ruelles, des boutiques de bric et de broc, où l’on peut acheter un obus ciselé ou un bracelet qui vous conduira au paradis sans faire la file d’attente, des restaurants où la bière coule à flot et d’autres où le coca light accompa- gnera vos ceprevici cachés dans un pain creux ? Où la mosquée joue à tu et à toi avec le couvent des Franciscains et un temple juif ? Et à l’entrée de ce petit quartier rescapé de toutes les guerres, il y a la Bibliothèque nationale que l’on reconstruit. Sous les bombes serbes, des dizaines de milliers de livres irremplaçables ont brulé. Mais ce n’est pas ainsi que l’on détruit une culture. Et encore moins un peuple qui s’est construit aux frontières de l’Orient et de l’Occident. Notre journée en Bosnie Herzégovine s’est poursuivie par une visite de Mostar, au terme d’une route d’une beauté à couper le souffle. Elle longe, au creux de montagnes dont les sommets sont encore enneigés, la rivière Nevedva, domestiquée par quatre barrages, qui sépare en deux la ville de Mostar. Depuis des siècles, les habitants avaient œuvré pour gommer cette frontière naturelle en construisant des ponts, véritables merveilles d’équilibrisme, tous témoins du talent des différentes puissances qui ont dominé cette ville, depuis les Ottomans, jusqu’aux Français de Na- poléon avant les Austro-Hongrois. Le plus ancien a été détruit par les Croates en 1993, sous le regard des caméras du monde entier. Pendant trois années, la ville se livra une guerre intestine que l’on a de la peine à imaginer. Le Croate était un jour un allié, le lendemain un ennemi intrai- table ; le Serbe de même. Un simple boulevard, au cœur de la ville, était devenu une ligne de front et de partition que fuyaient les habitants, ter- rorisés par les tirs des snipers . Des immeubles prestigieux sont encore aujourd’hui à l’état de ruines. De ces trois années de guerre, Mostar a du mal à se relever. Même si la communauté internationale et l’Unesco en ont fait une priorité. Car la ville de Mostar est une perle. Une pure merveille qui croit en son avenir, même si dans cette guerre insensée, elle a perdu toutes ses industries et que le chômage y dépasse les 40%. « Les jeunes veulent tourner la page », assure Dakor, notre guide. « Ils en ont marre des histoires de leurs pères, entre Catholiques, Musulmans ou Orthodoxes. Serbes, Croates, Bosniaques, ils s’en fichent. Ils veulent du travail. Tu te rends compte que dans cette petite ville, il y a un hôpital musulman et un hôpital catholique  ! Quand tu es malade, c’est pas ta religion qui te sauve ! » Extrait du carnet de route >>>>> >>>>> >>>>> >>>>> 10 mai. Bosnie-Croatie, Sarajevo-Dubrovnik «QUAND TU ES MALADE, C’EST PAS TA RELIGION QUI TE SAUVE » Si Mostar porte encore quelques stigmates du conflit, elle a retrouvé son charme et son statut de première destination touristique de Bosnie. Le vieux centre de Sarajevo, une porte vers l’Orient, au cœur de l’Europe. Le grand hôtel de Mostar, en attente de rénovation.

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