Salaün Mag 5

Salaün Magazine | Page 76 Etrange journée que celle que nous avons vécue aujourd’hui. Partagée entre un voyage dans l’histoire douloureuse et tragique de la guerre des Balkans et la découverte, au fil de la route, d’un pays magnifique et ac- cueillant. Elle a commencé à Belgrade. Avec un sentiment de malaise. La capitale serbe semble à des années-lumière des deux autres capitales Ljubljana et Zagreb, que nous avons traversées la veille. Ljubljana semble avoir déjà oublié son passé yougoslave et vit avec bonheur son indépendance et son union avec la communauté euro- péenne. A Belgrade, l’impression est toute différente. On a le sentiment dérangeant de se retrouver au cœur d’un pays qui n’en n’a pas fini de payer le déchirement de la Fédération yougoslave dont il était l’âme, les guerres qui l’ont accompagné et l’isolement dans lequel ses dirigeants politiques et leurs excès l’ont plongé. Ici, une grisaille d’une autre époque imprègne encore la ville. Les bus et les trams ont un look soviétique, les immeubles sont tristes quand ils ne sont pas carrément lépreux ; les belles voitures et autres signes extérieurs de richesse sont rares ; les magasins restent sans charme et les rues n’ont pas cette animation qui fait le sourire d’une ville. Et les femmes, belles comme partout, semblent encore condamnées à une coquetterie discrète. Belgrade fait de la peine et son peuple cache mal la tristesse que lui cause un isolement qu’il ne mérite pas. Le plaisir d’être en Serbie, on va le retrouver au long de la route qui nous conduit vers Sarajevo. Une route, il faut bien l’avouer, choisie un peu au hasard. Le réseau routier serbe est une toile d’araignée qui s’accommode dans un désordre apparent avec un paysage montagneux et qui a plongé dans un coma profond nos trois systèmes de navigation. Mais le hasard a bien fait les choses. Les paysages que nous traversons sont tout simplement extraordinaires et ne sont pas sans rappeler la région des Maramures du nord de la Roumanie. Les vallées qui se suc- cèdent révèlent une campagne soigneusement travaillée et des villages où le temps prend son temps. C’est dans ce décor superbe que nous avons rendez-vous avec un cauchemar. Il porte un nom à peine visible sur la carte détaillée de la région mais qui a résonné d’un triste son dans nos mémoires : Srebrenica. C’est une petite ville, quelques kilomètres après la frontière serbo-bosniaque, franchie dans la bonne humeur. Une petite ville, au fond d’une vallée, habitée par une communauté musulmane. Là, en juillet 1995, l’armée serbe commandée par le général Ratko Madlic a massacré plus de 6000 Bosniaques, hommes et adolescents, sous le re- gard des forces néerlandaises de l’ONU, réduites à l’impuissance. Par la suite, d’autres charniers ont été découverts et l’on déterre encore aujourd’hui des cadavres dont les noms viennent s’ajouter à ceux déjà gravés dans le granit du mémorial construit à Srebrenica. C’est tout simplement effrayant. La route de Sarajevo, qui file à travers les montagnes et oublie parfois le goudron, nous ramène à la paix. Provisoirement…. C a y est, c’est dans la boîte ! Je ne parle pas de la quinze millième photo, ni d’une page de plus dans le copieux carnet de route du grand Raid Brest-Qingdao. Je parle des 4x4 qui après deux mois et 17 000 kilomètres de route viennent d’entrer dans un container sur le port de Qingdao au bord de la Mer Jaune, en Chine. Après un dernier salut à ces compagnons attachants qui nous ont mené à bon port sans rechigner, sur la Route de la soie et les pistes mongoles, sans une égratignure ou presque. La lourde porte se referme en grinçant. Le noir se fait et nos véhicules, à qui la fré- quentation intense des humains a donné un début d’âme, se prennent au jeu du souvenir. Il fait près de trente-cinq degrés sur le port. La brume efface les contours du plus long pont du monde – 42 km ! – que l’équipage du grand raid retraverse en sens inverse, abandonnant les 4x4 et la cité de containers à leur solitude. A l’intérieur de l’un d’entre eux, le moteur encore tiède, l’Amarok, tous voyants au point mort, s’endort doucement. Dans son rétroviseur, une image apparaît len- tement. On y voit le port de commerce de Brest et une petite assemblée réunie pour le grand départ. Le maire de la ville est de la partie, ainsi que les équipes de Salaün Holidays. Soudain le film s’anime, on devine quelques poignées de mains puis la grêle qui s’abat sur une route à quatre voies entre Brest et Rennes. C’était le 5 mai 2012, la première étape du raid Brest-Qingdao. Un accéléré laisse deviner les vignobles de la Champagne, la fron- tière allemande, la vieille autoroute de Münich, les premiers sommets autrichiens, un village du Sud-Tyrol dans la clarté du matin, un chemin sur les crêtes de Slovénie, Lubljana en fin d’après-midi, la Croatie, Zagreb et Belgrade, la capitale de la Serbie… Extrait du carnEt dE routE dE jEan lallouËt >>>>> 9 mai. sErBiE/BosniE-hErzéGovinE - BElGradE-sarajEvo bELGRADE N’A PAS fINI DE PAyER LE DEChIREMENT DE LA féDéRATION yOUGOSLAVE, DONT IL éTAIT L’ÂME Le mémorial au massacre de Srebrenica, à l’entrée de la vallée éponyme, aux confins de la Serbie et de la Bosnie. Vue sur le Danube au cœur de Belgrade.

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