Salaün Mag 10
Salaün Magazine | Page 110 actu | iran le pays à un désir d’autonomie et de renouveau de son empire. La volonté du dernier chah d’intervenir dans les conflits de ses voisins a été combattue par les royautés arabes, tandis qu’à sa modernité affichée répondait un retour aux sources de l’islam, avec le wahhabisme saoudien. La confrontation pétrolière était aussi rude, l’Iran arrivant à une production du même ordre que celle de l’Arabie saoudite et désirant conquérir de plus en plus du marché mondial. Les USA, traditionnellement liés à l’Arabie saoudite au sein de l’Aramco, poursuivaient en parallèle un flirt poussé avec l’Iran «moderne » duchahqui irritait lemonde arabe. Le choc pétrolier de 1973 avait fragilisé les économies occiden- tales, et chacun comptait ses amis d’aujourd’hui et de demain dans le monde complexe du Moyen-Orient, qui avait montré sa capacité à ébranler lemonde. C’est dans ce contexte que la révo- lution islamique arrive, avec un imamKhomeyni insultant l’Occi- dent et menaçant Israël, tandis qu’il appelle la diaspora chiite à se rebeller et à attaquer pêle-mêle les « Satans « nonmusulmans et leurs valets sunnites. Dans tous les pays arabes, il existe une minorité chiite, et cet appel à la rébellion est pris très au sérieux. Le retour enarrièred’unÉtat considéré, à tort, commemodernisé, et l’irruption de « fatwas » dans la presse, conduisant à quelques crimes enEurope, vont conduire à une diabolisation accélérée du pays et de ses dirigeants. La production pétrolière chute en Iran, les autres pays arabes se frottent lesmains. L’Irak, dirigé par des sunnites laïques, mais à majorité chiite, va craindre la contagion sur son sol de la révolution islamique et envisager l’attaque de l’Iran avec le prétexte de sauver les Arabes de l’ouest du pays, l’Arabistan pour eux, le Khuzestan pour les Iraniens. Le monde arabe, inquiet de la présence d’une majorité chiite dans ses provinces pétrolières, va encourager l’Irak dans une guerre de neuf ans entre les deux pays, conflit qui débouchera, après un million de morts, sur un « statu quo ». Dans tous les conflits qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui, on retrouve lesmêmes ingrédients : les religions, le pétrole, l’Iran souhaitant redevenir une puissance régionale et l’Arabie saoudite demandant aux Occidentaux de contenir cette ambition. Pour devenir une puissance incontournable, les dictatures ont toujours été attirées par la possession de l’arme nucléaire. Pour s’asseoir à la table des « Grands », rien de tel que la propriété d’armes de destruction massive. Menacé dans sa survie même par l’Occident et tous ses voisins, intériorisant cette situation d’exclu avec sa religion très particulière qui attend le retour de l’iman caché pour arriver à la fin de l’histoire de l’humanité avec un monde parfait, l’Iran va provoquer délibérément l’ensemble du monde en développant un programme nucléaire dont le « moderne » chah avait lancé les premiers pas. Aux menaces réitéréesdesvieuxthéocratesestvenueserajouterl’angoissed’un nouveau front nucléaire aux mains d’un régime politique consi- déré comme irrationnel, une suite à folie du Docteur Folamour . Àmesureque l’Irans’agitait etmontrait aumondeentier son irres- ponsabilité, pensant ainsi venir à une négociation reconnaissant son rôle éminent, la plus grande partie de la planète réfléchissait, au contraire, à sa marginalisation et à son cantonnement, à la À gauche : ruines du Apadana, Persépolis. À droite : Kandovan est un village troglodytique à proximité de Tabriz, dans le nord-ouest de l’Iran. Le site est semblable aux villages troglodytes de Cappadoce, en Turquie.
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