Salaün Mag 10
Salaün Magazine | Page 109 actu | iran moyenâgeux d’Arabie saoudite ! Cette géopolitique de salon s’est installée durablement dans tous les cénacles nationaux et inter- nationaux. À l’ayatollah qui nous traitait de « Satan », nous répon- dions, comme le Président des USA, que le pays était le « mal ». On illustre bien là notre incapacité collective à prendre du recul et à examiner froidement où est notre intérêt, tandis que nous cata- loguons rapidement nos interlocuteurs internationaux en « bons » ou en « méchants ». Nous respectons Talleyrand, mais nous voulons nous montrer « purs » ! Or, en politique internationale, il n’existe, sur le long terme, que la « realpolitik ». Regardons donc un peu ce que représente l’Iran dans le monde d’aujourd’hui, et ce que nous pouvons faire pour réacclimater ce grand peuple dans notremonde. Tout d’abord, les ayatollahs représentent une aile minoritaire de l’islam qui n’est aucunement liée aux terroristes qui nous menacent. Les chiites iraniens, irakiens et autres ne corres- pondent pas à notre mode de vie. Le poids de la religion est in- supportable en Iran pour les Iraniens et un peu pour les visiteurs, mais le sunnisme wahhabite de l’Arabie saoudite fait beaucoup plus de ravages dans le pays lui-même, comme dans le monde entier, et ceci depuis des dizaines d’années ! Les terroristes d’aujourd’hui sont les enfants de cette interprétation stupide du Coran dont les promoteurs ont été à Ryad, pas à Téhéran. Nous n’aurionspasdûconsidérer que, puisque les «méchants » étaient iraniens, les Saoudiens, opposés historiquement à ceux-ci, deve- naient les « bons ». On ne vivait pas dans un western, on était au Moyen-Orient, dans un univers d’une rare complexité, et la lec- ture des « Sept Piliers de la sagesse » de Lawrence d’Arabie aurait dû être méditée par nos commentateurs et politiciens. C’était « plus compliqué » que cela. Ni les théocraties ni les monarchies ne sont des démocraties, mais des peuples chargés d’histoire et culturellement féconds ne sont jamais pour toujours soumis aux dictateurs rétrogrades. Par contre, ceux qui n’ont connu que le désert et l’ignorancemettront du temps à accepter l’éducation et l’esprit critique qui l’accompagne. C’est donc bien le sunnisme du désert qui nous menace aujourd’hui, et non le chiisme ! C’est un fait que nous devons considérer. Le chiisme est un islam de minoritaires, celui des pauvres, des exclus, mais il devient, au xvi e siècle, avec la dynastie séfévide, la religion officielle et obligatoire de l’Empire perse. Ce n’est qu’au xviii e siècle, avec la dynastie Qadjar, que l’assimilation entre Iran et chiisme est devenue effective. La révolution islamiquede1979 est venue consacrer cette évolution, tandis que des minorités non chiites continuent à exister au sein de l’Iran actuel. L’opposition frontale entre les Arabes et les Perses est loin d’être seulement religieuse, les hommes du Golfe ont toujours été considérés comme incultes par les Perses. Certes, il exis- tait l’Arabie « heureuse » du plateau yéménite, et les voyageurs infatigables du sultanat d’Oman, qui avait investi la côte est de l’Afrique avec Zanzibar, il y avait Bagdad et ses califes, mais les hommes qui vivaient sous des tentes avec leurs chameaux ne trouvaient pas grâce aux yeux des Iraniens. C’étaient des sau- vages, et, malheureusement, c’était là-bas qu’était né le Prophète et qu’étaient enterrés quelques saints vénérés, chez les Arabes irakiens à Nadjaf. Le pétrole a été un moteur nouveau, transfor- mant une méfiance, un mépris en une rivalité, et c’est ainsi que doit être étudiée la géopolitique au Moyen-Orient, les sunnites contre les chiites, les Perses contre les Arabes, deux religions antagonistes et deux civilisations qui s’interpénètrent, avec des solidarités doubles ou triples et évolutives. L’Iran s’est toujours considéré comme une grande puissance ré- gionale, prise en tenaille entre les Turcs, les Arabes et les Indiens. LaRussiesoviétiqueaajouté leNordcommemenaceet ladynas- tie Qadjar a fini par accepter le parapluie britannique comme pro- tection. La chute de l’Empire ottoman, la création de nouveaux États dans le Golfe, l’exploitation du pétrole régional ont conduit Téhéran, embouteillage dans le tunnel Torid. L’Iran s’est toujours considéré comme une grande puissance régionale, prise en tenaille entre les Turcs, les Arabes et les Indiens.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTg1ODM2Mw==