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Salaün mag | Page 86 une ambiance Germano - balte À l’ouest de la Lituanie, en décou- vrant le charmant port de Klaipeda, on découvre l’ambiance «germano-balte», qui est aussi celle d’une partie de la Lettonie et de l’Estonie. Troisième ville du pays avec ses 250 000 habi- tants, dans un pays qui en compte trois millions, l’ancienne Memel était en effet une ville portuaire prussienne importante, proche de la capitale régionale Königsberg, qui deviendra Kaliningrad. Échouant dans leur tenta- tive de conquête de la Lituanie, les premiers Allemands s’établiront en revanche durablement dans cette ville balte. La Lituanie dite «mineure », sous influence allemande, sera dès lors déta- chée du reste du pays, qui passera sous influence polonaise. C’est cependant sous domination alle- mande, au xix e siècle, que le renouveau littéraire et national lituanien germera à Klaipeda, grâce à la publication des premiers livres en lituanien et en alphabet latin, chose interdite dans le reste de la Lituanie, sous l’emprise du russe et du cyrillique. Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que la région redeviendra lituanienne, avant d’être intégrée à l’URSS en 1945. Ce grand port fortement développé par les Soviétiques est aussi proche de charmantes stations balnéaires et possède un cœur historique qui rappelle les ports allemands de la Baltique. On y trouve encore beaucoup de russophones et, surtout, la ville ne se trouve qu’à quelques dizaines de kilo- mètres de Kaliningrad, le grand port russe sur la Baltique. Avant de quitter la Lituanie en direc- tion de la Lettonie, un arrêt s’impose au pied de la colline des Croix, un spec- taculaire amas de plus de 10 000 croix plantées sur une petite butte et qui remontent aux périodes d’occupation du pays par les Russes, notamment aux xix e et xx e . Symbole de la survie de la foi catholique face à l’orthodoxie mais aussi de la nation lituanienne, de sa langue et de sa culture, la colline a résisté aux bulldozers soviétiques et s’épanouit désormais avec l’indépen- dance et le tourisme. L’isthme de Courlande À Klaipeda, un bac permet de gagner un des sites naturels les plus fascinants d’Europe de l’Est, inscrit au Patrimoine de l’humanité : l’isthme de Courlande, un cordon dunaire long de 98 kilomètres et large de 3 ou 4 au plus. Un demi-million d’oiseaux y passe chaque jour, dont la plus grosse colonie de cigognes d’Europe. L’isthme est coupé par une frontière sensible où la Russie (Kaliningrad) et l’Union européenne se toisent. Du haut de dunes de 10 mètres de hauteur, protégées de l’érosion par des forêts de pins plantées à dessein, on distingue un mirador russe. Impossible de ne pas penser aux dizaines de convois de soldats de l’OTAN croisés tout au long du voyage et qui nous rappellent que les pays Baltes restent un enjeu géopolitique majeur. À deux pas de cette frontière de sable, le paisible village de Nida, un ancien havre pour la nomenklatura , attire des touristes aisés. On y découvre la jolie maison de vacances de l’écrivain allemand Thomas Mann qui surplombe la mer Baltique. L’isthme recèle une curiosité liée à la survivance de légendes et croyances païennes dans le pays : la colline des Sorcières, où se côtoient 98 sculptures inspirées de la mythologie païenne. La promenade est superbe et bienvenue après le festin d’édifices religieux offert par Vilnius et K unas au voyageur. Ci dessous : sur la Colline des croix, un site impressionnant, les Lituaniens expriment la résistance de la foi catholique face à l’oppression.
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