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Salaün mag | Page 64 SUR LA PISTE DES CEAUȘESCU Deux visites s’imposent pour comprendre l’histoire politique récente de la Roumanie, et en particulier les derniers feux de l’ère Ceauşescu, le dictateur exécuté en compagnie de son épouse par un tribunal spontané, à la chute du communisme en 1989. Si jusqu’aux années 1980, une partie des Roumains admiraient encore ce fils de paysan, peu éduqué, parvenu, à la force de son engagement et de sa ténacité, au sommet du pouvoir, se payant même le luxe de ne pas s’aligner sur Moscou, les choses changèrent dans la décennie suivante. De retour d’un voyage en Corée du Nord, impressionné par les somptueuses réalisations du leader nord- coréen Kim Il-sung, Nicolae Ceauşescu se convertit lui aussi au culte de la personnalité. Il se mit dès lors en tête de construire un palais qui ferait pâlir d’envie les autres dirigeants communistes. Il n’hésita pas à faire détruire 20% du centre-ville, déjà endommagé par le tremblement de terre, et mobilisa 700 architectes. Commencé en 1984, le palais du Peuple ne fut terminé qu’en 1997, huit ans après la mort du dictateur. Ce bâtiment à la fois démesuré, glaçant et relativement élégant est le deuxième plus grand au monde après le Pentagone. On accède en ce lieu, visible en de nombreux points du centre-ville, par une immense avenue de prestige, l’avenue de l’union, auparavant nommée avenue de la Victoire du socialisme. Donald Trump a en vain tenté de racheter le palais maudit, au début des années 1990, pour en faire le plus grand casino du monde! Il abrite aujourd’hui le parlement roumain et de nombreuses salles de conférences. On ne visite qu’une partie de ses 1100 pièces, offrant 350 000 m 2 de surface! À la fois passionnante et pétrifiante, la visite du palais de Ceaușescu ne peut laisser indifférent. Dans les salles prévues pour la rencontre avec ses homologues étrangers, des portes dérobées étaient prévues pour permettre au dictateur de s’enfuir, ce qu’il a finalement fait dans un autre bâtiment, celui du siège du Parti au centre-ville. C’est du balcon du palais que Michael Jackson, qui a lui aussi versé dans le culte de la personnalité, lança un joyeux «Je vous aime… Budapest! » à une foule de Bucarestois médusés, au début des années 1990. Ci dessus : la première rencontre entre Kim Il Sung, le leader nord-coréen et Nicolae Ceausescu, en 1971, eut une profonde influence sur le dictateur roumain qui fit sien du non-alignement sur l’URSS et du culte de la personnalité. En haut : le palais du peuple, un bâtiment aux proportions démesurées, à la mesure de la mégalomanie de l’ancien président roumain. À gauche : une des salles de réunion du palais du peuple. À droite : la villa où vivaient la famille Ceausescu est désormais ouverte au public. On y entre dans l’intimité des époux, notamment la chambre à coucher.

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