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Salaün mag | Page 55 REPORTAGE | New York un curé breton pour l ’ acadie Le Québec n’est pas la seule terre canadienne où s’installent des Bretons. Né en 1709 à Morlaix, Jean-Louis Le Loutre a profondément marqué l’histoire de cette terre francophone d’Amérique. En 1738, il est envoyé en Acadie, une colonie francophone contrôlée par les Anglais depuis quelques décennies, dans une partie de l’actuel État canadien du Nouveau-Brunswick. Les tensions sont fortes avec les protes- tants d’origine britannique. Dans les années 1740, agglomé- rant les milices acadiennes aux Indiens micmac, l’abbé Le Loutre mène une véritable guérilla et devient la bête noire des Anglais dans la région. Il échouera, mais son souvenir est demeuré vivace chez les Acadiens, dont une partie seront déportés par les Britanniques. saint - brieux du canada En 1903-1904, l’abbé Le Floch prêche dans les Côtes-du- Nord, en breton comme en français, pour recruter des volontaires pour le Canada. Il parvient à convaincre trois cents familles, qui embarquent à Saint-Malo. Les émigrés se divisent en plusieurs groupes. Seuls 77 suivent l’abbé Le Floch vers l’est, la Saskatchewan, une terre encore très sauvage où on leur donne des parcelles. Ils défrichent la forêt, construisent des maisons et des fermes. La colonie se déve- loppe et attire de nouvelles familles bretonnes. Rapidement, une école et une poste vont être construites. Or, pour cette dernière, il faut trouver un nom au lieu. Comme nombre des colons sont originaires des Côtes-du-Nord, ils choisissent le nom de la préfecture du département. Mais l’émotion de l’abbé Le Floch ou une erreur de retranscription par l’administration canadienne, va transformer le « c » final en « x ». Saint-Brieux du Canada existe toujours, comme un «Gourin City » dans l’Alberta. les américains de gourin Les Bretons participent activement à l’aventure coloniale française en Amérique du Nord, mais ils ne s’y installent de manière plus durable qu’à la fin du xix e siècle. Le mouvement est lancé par un certain Nicolas Le Grand, de Roudouallec. Avec deux compagnons, il traverse l’Atlantique. Ses récits, à son retour, captivent dans un Centre-Bretagne très peuplé et pauvre. À partir des années 1880, nombre de Centre-Bretons partent s’installer comme jardiniers ou personnels de maison sur la côte est des États-Unis, et le mouvement s’accélère avec l’ou- verture, en 1901, d’une usine Michelin à Milltown, à 50 kilo- mètres de New York. Près de 3 000 Bretons, originaires du pays de Gourin, viennent y travailler et incitent des parents et des amis à les rejoindre. armorican dream On retrouve également beaucoup de Bretons dans les fabriques de soie de l’Ouest new-yorkais ou dans la métal- lurgie, à Pittsburg, où l’on recense, dans l’entre-deux- guerres, trois cents familles originaires de Bretagne. À partir de cette époque et dans la seconde moitié du xx e siècle, nombre d’entre eux ouvrent des restaurants à New York, profitant de la renommée de la cuisine française. Le breton est alors la langue des cuisines de la Grande Pomme. Certains font fortune, telle Mme Sévénant, de Langonnet, patronne du Brittany de jour , entre la 53 e et la 54 e rue. D’autres s’en- richissent grâce au bâtiment, par exemple Yves Nedelec, de Châteauneuf-du-Faou, devenu millionnaire en construisant des bungalows. Après la guerre, la communauté bretonne se structure et se regroupe lors de grandes fêtes, comme celle de la Duchesse des Bretons d’Amérique. Des équipes de football sont constituées, à l’instar du Stade breton de New York, qui existe toujours. Ci-dessus : l’Acadie fut longtemps une terre française – et bretonne ! – au Canada.
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