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Salaün mag | Page 56 REPORTAGE | New York P our des dizaines de milliers d’immigrants devenus New-Yorkais, le vrai point de départ fut aussi celui de leur arrivée à Ellis Island, la petite île où furent contrôlés les millions d’immigrants – surtout européens – qui ont gagné l’Amérique entre 1892 et 1954. Un tiers des Américains d’au- jourd’hui ont un ancêtre qui est passé par Ellis Island, où se trouve aussi la statue de la Liberté. Il est donc logique pour les visiteurs d’aujourd’hui d’embar- quer en début de séjour à la pointe sud de la cité et de visiter le poste d’accueil des immigrants. Sur de magnifiques clichés en noir et blanc, on découvre les visages de milliers de familles de Bohème, d’Allemagne, du Caucase, des Balkans, d’Italie, de France et d’Irlande bien sûr. Leurs regards hagards mais pleins d’espoir en disent plus long que bien des livres d’his- toire sur la tragédie de l’exil et l’espoir d’un monde meilleur. le creuset de new york C’est là qu’à l’issue de longues heures dans les nombreuses files d’attente du grand Hall, désormais silencieux, on posait aux candidats quelques questions en anglais, vérifiait leur bonne santé, et qu’au bout du dernier contrôle, on leur accor- dait le visa d’immigration. Il ne leur restait alors plus qu’à embarquer sur les bateaux qui les déposeraient à Manhattan. Récits d’immigrants, enregistrements, photos, exposition d’objets sur la vie des nouveaux Américains : le musée d’Ellis Island permet de comprendre ce qui fait aujourd’hui encore de New York une ville à part. C’est là qu’on mesure de manière tangible à quel point, depuis sa fondation, elle tire l’essentiel de son énergie du rêve qu’ont des arrivants du monde entier d’y faire un nouveau départ - même si l’ex- position montre que beaucoup conserveront longtemps la nostalgie du Vieux Monde. Sur un panneau, un Italien interrogé raconte qu’on lui avait dit qu’à New York, les trottoirs étaient pavés d’or. Après avoir quitté Ellis Island et mis pied à terre à Manhattan, il explique s’être rendu compte que les trottoirs n’étaient pas du tout pavés d’or, que les rues n’avaient en fait pas de trottoirs et que ce serait à lui de les construire ! sur les traces de ses ancêtres C’est aussi à Ellis Island qu’on peut consulter les registres d’immigration recensant celles et ceux qui ont un jour émigré vers les États-Unis. Chaque jour, des centaines de personnes qui cherchent à remonter le fil de leur présence en Amérique pianotent sur les ordinateurs d’Ellis Island. Sur l’un des registres, on découvre que, le 9 février 1927, un certain Michel Salaün, originaire du Finistère, a embarqué sur le paquebot France . À 28 ans, il quittait le port du Havre à destination de New York pour tenter sa chance aux États-Unis (1) . Une chose est certaine : parmi les milliers de passagers de conditions très modestes qui débarquent à Ellis Island dans la première partie du xx e siècle, certains connaîtront des destins exceptionnels, comme Johnny Weissmuller, champion de natation et interprète de Tarzan. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si, dans l’Amérique d’aujourd’hui, nombre de célébrités rendent hommage au courage et aux leçons qu’ils ont reçues de leurs parents ou grands-parents passés par Ellis. On peut citer Bruce Springsteen, Colin Powell, dont la mère arriva de Jamaïque en 1923, le réalisateur d’origine italienne Martin Scorsese ou l’écrivain d’ascendance irlandaise Mary Higgins Clark, dont le père franchit les portes d’Ellis en 1906. À l’occasion d’une escale de la vedette sur l’île de la Liberté, on peut aussi monter au balcon de l’imposante statue de la Liberté, qui accueillit les immigrants dans la première moitié du xx e siècle, tout en profitant d’une vue époustouflante sur Manhattan et la baie de New York. (1) Lire pages 58-59. Ellis Island, u n e a r r i v é e e n f o r me d e d é p a r t YANN RIVALLAIN
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