Salaün Mag 12
Et Raspoutine bougeait encore… Sa vie, ses pouvoirs, réels ou fictifs, et sa mort ont fait un mythe de Grigori Raspoutine (1869-1916). Craint par certains, adulé par d’autres, se disant guérisseur, le moine errant, «starets» (maître spirituel), à la réputation sulfureuse d’ivrogne débauché à l’appétit sexuel démesuré, avait su se faire apprécier des grands de Saint-Pétersbourg, jusqu’à parvenir à la famille impériale pour la première fois en 1905. Le tsarévitch Alexis, héritier du trône, est hémophile et endure des périodes de grande douleur. À son chevet, Raspoutine lui impose les mains, prie et fait retirer tous les médicaments, dont l’aspirine. À l’époque, on ignore le côté anticoagulant du produit. Par le simple fait de sa suppression, le tsarévitch se porte aussitôt mieux, à la grande gloire du guérisseur. Ce n’est pourtant que dix ans plus tard que Raspoutine prendra vraiment l’ascendant sur l’impératrice Alexandra, épouse de Nicolas II. Celui-ci est parti sur le front de la guerre 14-18 et a laissé le pouvoir intérieur à la tsarine et à son influent conseiller. La jalousie gagne à la cour, d’autant plus que Raspoutine est soupçonné de pousser au retrait de la Russie de la Grande Guerre, par amitié pour l’Allemagne, ce qui inquiète les Alliés. Le prince Félix Youssoupov, une des plus riches familles de l’empire, qui a fait ses études à Oxford, fomente avec quatre complices l’assassinat du gêneur. Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916, Raspoutine est invité au palais Youssoupov de la Moïka. On lui a préparé des gâteaux et du vin empoisonnés au cyanure. Aucun effet. Lassé d’attendre, le prince lui tire une balle dans le dos, qui traverse le cœur. Raspoutine gît au sol et son décès est constaté. Les complices se retirent pour préparer l’enlèvement du cadavre. En vérifiant une dernière fois sa mort, le prince voit le moine rouvrir un œil et lui sauter dessus. Youssoupov réussit, dans un ultime effort, à se libérer et court chercher ses amis à l’étage. Raspoutine, lui, est en train de s’échapper par un étroit escalier. Ils le rattrapent sur le trottoir et lui tirent au pistolet dans le foie et un rein, mais il bouge encore. Surgit alors un espion anglais, ami de Youssoupov à Oxford, pour tirer à bout portant une balle en plein front de Raspoutine, traversant le cerveau. Le corps est enveloppé dans un drap et jeté dans un trou d’eau de la Neva gelée. Découvert le lendemain, le cadavre est aussitôt autopsié. Il y a de l’eau dans ses poumons : il était donc toujours vivant quand il a été immergé… et il est mort de froid. Raspoutine avait annoncé que s’il était assassiné, la famille impériale connaîtrait peu de temps ensuite des tragédies et la Russie sombrerait dans le chaos. Moins de trois mois après son décès, Nicolas II doit abdiquer. En novembre 1917, les bolcheviques prennent le pouvoir, et trois années de guerre civile débutent. En juillet, la famille impériale est massacrée. Salaün mag | Page 53
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