Salaünmag N°15
Salaün mag | Page 16 ANNIVERSAIRE | Magellan un océan « pacifique » jusqu ’ aux îles mariannes Les marins de Magellan débouchent finalement sur une nouvelle mer. Ils font des réserves sur la côte chilienne, notam- ment de céleri sauvage, qui va leur éviter de succomber au scorbut. Ils sont les premiers Européens à naviguer dans les eaux de cet océan que Pigafetta nomme « Pacifique » pour la première fois. Il est biencalmeeneffet après la traversée de la Terre de Feu, mais Magellan sait-il qu’il a devant lui la plus vaste étendue d’eau de la planète ? Sans doute pas, même s’il a compris depuis longtemps où il se trouve. Dans un mémoire déposé en 1519 à Charles Quint, avant son départ, il évoque les dimensions du Pacifique, se fondant sur les travaux de nombreux savants et particulièrement du Grec Ératosthène, qui avait calculé, dans l’An- tiquité, la circonférence de la Terre avec une précision étonnante. La majorité des contemporains de Magellan pensait pourtant encore que la Terre était plate… La traversée du Pacifique n’a rien d’une partie de plaisir. Magellan pressent qu’il doit d’abord mettre cap au nord, puis à l’ouest pour traverser cette immense étendue d’eau, où il ne croise pratique- ment aucune terre pendant troismois. Les conditions deviennent critiques. Les rations s’amenuisent au point que les équipages mangent les rats et les chats, boivent de la soupe de copeaux de bois dans de l’eau de mer. Le biscuit manque depuis longtemps… « Nous ne mangions, écrit Pigafetta, que du vieux biscuit tourné en poudre, tout plein de vers et puant, de l’odeur de l’urine que les rats avaient faite dessus après avoir mangé le bon, et buvions une eau jaune infecte. » Pourtant, Magellan ne perd que neuf hommes durant la traversée, ce qui est peu. Le 6 mars 1521, la flotte arrive à Guam, dans l’archipel des Mariannes, qui sera rendu célèbre par les terribles combats de la Seconde Guerre mondiale. Pigafetta surnomme ces terres « les îles des voleurs », car les indigènes qui montent à bord se servent abondam- ment, mais les Européens peuvent faire le plein de vivres et d’eau. drame aux philippines Magellan et ses navires poussent encore au sud-ouest, vers les Philippines, qu’ont déjà reconnues les Portugais mais en venant de l’est. Les navires espagnols arrivent dans l’archipel le 17 mars. Ils abordent sur l’île de Homonhon et découvrent alors des paysages paradi- siaques, avec des oiseaux de toutes les couleurs, des animaux étranges, de jolies indigènes… Magellan fera dire la première messe des Philippines sur l’île de Limasawa. Il s’agit encore aujourd’hui de l’un des États les plus catholiques de la planète. Aux Philippines, Magellan se comporte étrangement. Il s’insère dans les querelles locales. Il croit ainsi se faire un allié du roi de l’île de Cebu, le roi Humabon. Mais le souverain de la petite île de Lapu- Lapu, à proximité, décide de se révolter. Trente fois plus nombreux, les Philippins n’ont pas peur des trente Espagnols qui débarquent avec des armes à feux. Ils ont confectionné des boucliers capables de résister aux armes européennes. Lorsde cettebatailledeMactan, Pigafetta est blessé grièvement. Magellan décède lui des suites d’une blessure causée par une flèche empoisonnée, le 27 avril 1521. « Ainsi périt, dans une bagarre stupide, avecunehordede sauvages, leplusgrand navigateur de tous les temps », écrit Stefan Zweig. Aprèscettedéfaite,Humabonseretourne. Il massacre une partie des officiers de l’expédition lors d’un banquet. L’esclave de Magellan, le fameux Henrique, origi- naire deSumatra et qui a servi d’interprète aux Espagnols, s’enfuit lui aussi. Il est vrai queMagellan avait promis de lui rendre la liberté. Il est sans doute, en fait, le premier homme à avoir réalisé le tour du monde par voie maritime. Stefan Zweig en a fait unhéros romanesque,maisonne connaît rien de la suite de son histoire. Parlant malais, la langue courante dans les mers asiatiques de l’époque, il a naturellement servi d’interprète àMagellan. Pour les marins espagnols, c’est une cuisante expérience. Il ne reste alors plus que 113 hommes, sous le commande- ment du Basque Elcano. Marin expéri- menté, ce dernier décide de repartir. Les Espagnols ne reviendront coloniser les Philippines que bien des décennies plus tard. En 1565, Madrid ouvre en effet une liaison Manille-Acapulco et revendique l’archipel asiatique au nom de sa décou- verte par Magellan. les îles aux épices Les Européens ne sont plus assez nombreux pour manœuvrer trois navires. La Concepción est brûlée. Il ne reste plus que la Victoria et la Trinidad . Ils accostent à Brunei à la mi-juillet, une principauté située dans le nord de la grande île de Bornéo. En novembre, ils atteignent enfin l’archipel indonésien et particulièrement L’archipel des Philippines, île de Palawan, la baie El Nido.
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