Salaünmag N°15
Salaün mag | Page 15 ANNIVERSAIRE | Magellan Il fait relâchependant quatorze joursdans la baie de Rio de Janeiro, qu’on nomme alors Santa Lucia, en décembre 1519. La flotte poursuit ensuite sa route au sud, lorsque la côte oblique vers le couchant. Est-ce le fameux passage vers l’Asie ? Lesnavirespoursuivent leur chemin,mais se heurtent à de forts courants. L’eau devient de plus en plus douce. Magellan vient de reconnaître l’immense estuaire du Río de la Plata, le « fleuve de l’argent », qui délimite aujourd’hui l’Argentine et l’Uruguay. Leurs deux capitales, Buenos Aires et Montevideo se situent d’ailleurs sur ses deux rives respectives. Magellan doit donc repartir vers lemidi et trouver un autre passage, encore plus loin… la patagonie Nous sommes auprintemps 1520, et plus les Espagnols poussent vers le sud, plus il fait froid. L’été austral se termine en effet. Le 31 mars, Magellan décide de faire une longue escale et d’hiverner en Patagonie, dans un estuaire baptisé San Julián. Il doit faire face à unemutinerie, fomentée par plusieurs nobles espagnols et notamment Juan de Cartagena, Luís de Mendoza et Gaspar de Quesada. Ils ne supportent pas d’être commandés par un Portugais et doutent de l’existence d’un passage vers l’est. Magellan et ses fidèles renversent la situation. Les capitaines espagnols sont tués ou capturés. JuandeCartagena sera ainsi abandonné sur lacôteavecsonépée et un peu de pain. Quarante autresmarins sont amnistiés, dont Juan Sebastián Elcano, dont nous reparlerons. Magellan ne peut pas se passer d’autant d’hommes de valeur s’il souhaite réussir. C’est Magellan qui nomme ce pays Patagonie, « pays des grands pieds ». Pigafetta évoque la rencontre avec un géant qui « était tant grand que le plus grand de nous ne lui venait qu’à la cein- ture ». Les Patagons seraient des géants « aux grands pieds », pata en espagnol, qui a aussi des interprétations plus péjo- ratives, dont dérive le mot « pataud » en français. le détroit de magellan et la « terre des feux » Après plusieurs mois chez les Patagons, Magellan envoie le Santiago en reconnais- sance, mais il s’échoue. Trois mois plus tard, les quatre autres navires repartent. Ils pénètrent dans un dédale de fiords et de falaisesmenaçantes. Ilsmettront plus d’un mois à remonter vers l’ouest. Les hommes aperçoivent de nombreuses lueurs dans le lointain, sur les rives des innombrables canaux. Il s’agit de feux de camp, allumés par les indigènes qui vivent cachés dans l’inextricable végé- tation qui descend jusqu’à la mer. C’est Magellan lui-même qui, devant ce spec- tacle irréel, aurait donné à cette contrée inhospitalière le nomde « Terre des feux », qui deviendra pour toujours la « Terre de Feu », aujourd’hui partagée entre Chili et Argentine. Le paysage est si désespérant qu’au milieu du détroit, Gomes, pilote du San Antonio , se rebelle et rebrousse chemin. Il parvient à Séville le 6mai 1521. Il laisse son nom à un passage maritime en Amérique du Sud, à un nuage de constellations stellaires et une empreinte éternelle chez les voyageurs du monde entier.
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