Salaünmag N°15
les îles Moluques. Ils abordent à Tidore dans le nord de l’archipel. On imagine l’excitation desmarins après tant demois de voyage : ils sont au pays des épices. S’ils parviennent à revenir en Espagne, ils seront riches ! À l’extrémité de l’Indonésie, les îles des Moluques abritent depuis l’Antiquité les girofliers et les muscadiers. Elles sont alors l’un des seuls endroits du monde où sont produits les clous de girofle et les noix de muscade, qui sont exportés vers la Chine, l’Arabie et l’Europe. Jusqu’en 1511, lesmarchands arabes sont en effet parvenus à cacher l’endroit d’où viennent ces épices qu’ils vendent à prix d’or en Occident. Mais cette année-là, une flotte portugaise s’emparedeMalacca et établit une liaisondirecte avec lesMoluques. Les Portugais en seront expulsés en 1635 par les Hollandais, qui colonisent l’Indo- nésie jusque dans la seconde moitié du xx e siècle. Les marins de l’expédition de Magellan chargent les cargaisons d’épices sur les navires, mais la Trinidad ne peut pas reprendre la mer. La Victoria entame seule sa route de l’Ouest. La Trinidad ne poursuivra la route que quatre mois plus tard, faisant voile vers l’est, pour recher- cher une hypothétique nouvelle voie où rejoindre les conquistadors espagnols qui envahissent alors l’Amérique centrale. Finalement, ils feront demi-tour, cap vers l’océan Indien, puis l’océan Atlantique, avant d’être capturés par les Portugais. Cinq survivants reviendront en Europe en 1525-1526. le retour d ’ elcano Le 21 décembre 1521, Elcano et 60 marins (dont treize sont moluquois) partent pour traverser l’océan Indien. Elcano fait cap à l’ouest et atteint l’Afrique orientale, puis passe le cap de Bonne-Espérance. Il remonte ensuite vers l’Europe et atteint Sanlúcar de Barra- meda, en Andalousie, avec seulement 18 hommes, le 6 septembre 1522. Une douzaine d’autres sont restés prisonniers des Portugais au cap Vert et n’arriveront que quelquesmois plus tard. La vente de la cargaison d’épices de la Victoria permet tout juste de couvrir les frais de l’expédition. On imagine le profit qui enaurait résulté si seulement un autre navire était revenu… Les expéditions espagnoles suivantes seront d’ailleurs des désastres. En 1529, lors du traité de Saragosse, Madrid renonce aux Moluques contre la rondelette somme de 350 000 ducats payée par le Portugal. Juan Sebastián Elcano et Antonio Pigafetta font donc partie de la vingtaine d’hommes qui ont réussi la première circumnaviga- tion planétaire il y a un demi-millénaire. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres en trois ans et affronté mille dangers sur de frêles esquifs. Il faudra d’ail- leurs attendre 58 ans pour qu’un autre marin de légende, l’Anglais Francis Drake, ne réalise un second tour dumonde. Même s’il est décédé avant d’avoir achevé son tour du monde, Fernand de Magellan demeure l’un des plus grands marins de la Renaissance, lorsque les Européens se sont lancés à la découverte d’un vaste monde qui, à bien des égards, reste encore aujourd’hui largement façonné par ces aventuriers d’il y a cinq siècles. Il laisse son nom à un passage mari- time en Amérique du Sud, à un nuage de constellations stellaires et une empreinte éter- nelle chez les voyageurs dumonde entier. Statut de Juan Elcano à Getari. L´ÉTONNANT CARNET DE VOYAGE DE PIGAFETTA Le voyage deMagellan nous est principalement connu grâce à un autre personnage étonnant, un Italien, Antonio Pigafetta, originaire de Vicence. Il a tenu un journal de voyage, publié quelques années après son retour : Navigation et découvrement de l’Inde supérieure et desMoluques où naissent les clous de girofle . Pigafetta figure en effet parmi les rares rescapés de l’expédition. Son texte est donc un témoignage exceptionnel, le premier à fairemention du Pacifique. L’Italien y fait œuvre de linguiste. Il est ainsi le premier à construire un lexique du langage des indiens Patagons. Idem aux Philippines, où il note de nombreux mots et expressions empruntés aux langues locales. Pigafetta est aussi un excellent observateur des us et coutumes des peuples rencontrés. Son ouvrage est donc aussi une précieuse source ethnographique.
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