Salaün Magazine 14
Salaün mag | Page 55 REPORTAGE | Bénarès à la découverte des ghats Mais à Varanasi, le vrai spectacle se déroule sur les rives du Gange, sur les ghats, ces immenses escaliers qui permettent d’accéder au fleuve quelles que soient les variations de son niveau, notamment pendant la mousson. Il en existe 88 à Varanasi qui s’étirent sur 7 kilomètres environ. Ils sont aussi des lieux de vie auxquels sont associées de nombreuses croyances et légendes. On y croise une foule bigarrée de familles, de pèlerins, de prêtres qui officient pour donner la pudja , la prière, des groupes qui y pique-niquent, lavent et sèchent leur linge, proposent des massages. À la nuit tombée, c’est sur le ghat de Dasaswamedh, que Brahma aurait créé pour accueillir Shiva, que l’activité se concentre à l’approche d’une céré- monie religieuse quotidienne, Agni Pooja. Des prêtres équipés d’encensoirs et de bougeoirs rendent hommage à Shiva, au Gange, au soleil, au feu et même à l’univers entier. Des mantras récités et des chants parfois étonnam- ment gais hypnotisent les spectateurs massés derrière les prêtres. Beaucoup de visiteurs choisissent d’as- sister à la cérémonie à bord de grands canots amarrés au quai. De leur bord, la vue sur les ghats illuminés, plongés dans les fumées d’encens, la félicité sur le visage des pèlerins et leur bienveil- lance envers les centaines de touristes qui se mêlent aux Indiens ont qu’il n’est pas nécessaire d’être hindou ni croyant pour s’émouvoir du spectacle. L’ambiance y paraît même bien plus décontractée que dans d’autres hauts lieux de pèlerinage, comme Lourdes ou Fatima. Le spectacle prend fin. Les Indiens bondissent d’un bateau à l’autre, indiquent aux uns et aux autres le chemin de barques à emprunter pour aller à quai. Les plus chanceux, comme nous, restent à bord et assistent au spectacle du largage des amarres. Chaque soir, à l’issue de la cérémonie, les embarcations quittent les quais pour longer les rives du Gange et ses ghats, léchés par la brume qui se forme au-dessus du fleuve. Difficile de décrire l’effet que produit l’impressionnante enfilade de bâti- ments hétéroclites qui surplombent les ghats et le fleuve. Temples, hôtels, palais, simples habitations de bric et de broc, tantôt d’apparence médiévale, tantôt illuminés façon fête foraine, offrent un tableau fascinant. La barque file bientôt le long de quais beaucoup plus clairsemés où, en soirée, les jeunes, les amoureux ou les fumeurs de ganja se donnent rendez-vous. La fumée baignée d’éclairages, qui donnent au paysage un caractère quasi fantomatique, s’épaissit à l’approche d’un ghat facilement repérable par les flammes qui s’élèvent de quelques brasiers. Des ombres s’agitent autour des feux, et aucun visiteur embarqué n’ignore qu’il s’approche de l’un des deux ghats les plus déroutants pour les non-hindous : ceux où se pratiquent les fameuses crémations. ...les barques qui se suivent dans la brume tissent un fil qui se tend chaque soir et chaque matin sur les eaux du Gange. En haut, à gauche : temples hindous à Manikarnika Ghat. En bas, à gauche : la ville de Varanasi vue du Gange. En haut, à droite : barques dans la brume sur le Gange. En bas, à droite : des prêtres équipés d’encensoirs et de bougeoirs rendent hommage à Shiva, au Gange, au soleil, au feu et même à l’univers entier.
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