Salaün Magazine 14

Salaün mag | Page 54 REPORTAGE | Bénarès MOURIRÀ VARANASI  Les ghats les plus troublants pour le visiteur sont ceux où ont lieu les fameuses crémations, comme celui de Manikarnika. Mourir ou être incinéré à Varanasiesteneffetlameilleuregarantie d’être libéré du cycle des réincarnations en chien ou toute créature peu appréciée des hindous. On brûle environ 200 corps par jour sur les deux ghats de crémation de Varanasi. Les familles apportent le corps, recouvert d’un linceul blanc et de fleurs, jusqu’au ghat où il est plongé dans le Gange afin d’y être purifié. Le membre le plus proche de la famille, souvent le fils aîné, après s’être entièrement rasé le crâne, se purifie lui aussi dans le Gange avant d’aller prier Shiva dans le temple adjacent. Le corps est ensuite placé sur un bûcher et recouvert par d’autres bûches, qui protègent le défunt des regards. Il faut près de 400 kg de bois pour brûler un corps. Ce sont les doms — les gardiens de la flamme —, un clan d’intouchables, qui organisent les crémations de Varanasi. Un véritable business de la mort dont ils ont le monopole. Négociation des tarifs, approvisionnement en bois, emplacement des bûchers selon la richesse des défunts : rien n’est laissé au hasard et tout se monnaye, même les photos des touristes. À l’aube, les cendres et les os restants sont poussés dans leGange, les barques croulent sous le poids d’énormes bûches de santal et d’autres essences de choix, et une véritable fourmilière de porteurs édifie d’énormes tas de bois sur les berges. Certains doms se chargent de récupérer les bijoux restés dans les cendres.

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