Salaün Magazine 14

Salaün mag | Page 56 REPORTAGE | Bénarès Le ronron du moteur s’est arrêté et notre barque approche en silence des bûchers, dont on perçoit la chaleur. Quelques notes s’échappent de mantras récités par les familles des défunts et parviennent à nos oreilles. Les voix baissent et laissent bientôt place à la contemplation silencieuse et collective d’un rite qui nous est parvenu, intact, du fond des âges. Le moteur repart, les barques qui se suivent dans la brume tissent un fil qui se tend chaque soir et chaque matin sur les eaux du Gange. Il est temps de rega- gner l’hôtel. la pureté de l ’ aube Mais un autre rendez-vous avec le fleuve est pris, cette fois à l’aube. C’est en effet lorsque le disque solaire, rougeoyant, apparaît sur les éten- dues sableuses de la rive opposée aux ghats, vers cinq heures du matin que des milliers de pèlerins et touristes retiennent leur souffle. Peu à peu, le cours du Gange s’illumine dans la lumière cuivrée qui finit par se poser sur les premières marches des ghats. Les premiers pèlerins glissent dans l’eau du fleuve, s’y immergent tout entier, certains remplissent même des bidons qu’ils emporteront aux quatre coins de l’Inde pour d’autres ablutions. Couples, familles nombreuses, petits et grands sacrifient au rituel, euphorisés par la promesse de purification. Seuls manquent au tableau les non-Indiens, qui, pour rien au monde, ne trempe- raient le moindre doigt de pied dans un fleuve qu’on sait extrêmement pollué par les industries en amont, et surtout par les eaux usées qui s’y déversent en continu. Pas de quoi perturber les hindous, convaincus que la sainteté de ses eaux, qui s’écoulent de la cheve- lure de Shiva – les protège, contre les microbes et la pollution. D’ailleurs, le gouvernement indien classe toujours les eaux du Gange aptes à la baignade ! Cela dit, les récits sordides d’une rivière charriant des dizaines de cadavres d’hommes et de vaches semblent large- ment exagérés. Plutôt que de restes d’humains ou d’animaux, on a plus de chance de voir flotter à sa surface, les petites bougies fleuries que les Indiens offrent au Gange. Même si l’affluence augmente au fur et à mesure que le soleil s’élève au-dessus des escaliers du grand fleuve, l’am- biance reste extrêmement paisible. Des hommes jouent aux cartes, un autre fait des exercices de yoga et quelques lavandières tendent de minces étoffes colorées pour prendre la légère brise du fleuve au piège et les sécher prestement. Les coiffeurs ambulants arrivent, puis c’est le tour des vrais et des faux sadhus et des brahmanes. La vie reprend son cours et un nouveau jour, à la fois ordi- naire et invraisemblable, achève de se lever sur Bénarès. ...le cours du Gange s’illumine dans la lumière cuivrée qui finit par se poser sur les premières marches des ghats.

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