Salaün Mag 9
reportages d ’ ici et ailleurs | le transsibérien slaves dans leur volonté de paraître. Aux abords d’un parc d’attractions de “UB”, le petit nom branché et à l’américaine donné à la ville (à prononcer “youbi”), des jeunes dansent la salsa en plein air en sirotant des mojitos… Les familles déambulent dans le centre-ville et les Mongols aux visages marqués par la misère ou l’alcool se font beaucoup plus rares qu’il y a quelques années. Un changement que confirme Orkhon, notre guide, un jeune Mongol qui a passé quelques années en France. C’est la magie d’un voyage en Transsibérien : à un peu plus d’une heure de la gare, on peut se retrouver en plein cœur des steppes mongoles, entouré de sommets tour à tour pelés ou arborés, au milieu des chevaux et des yourtes de pay- sans. La découverte de cette Mongolie sauvage, notamment en visitant le parc national de Terelj, est sans aucun doute le moment le plus marquant pour la plupart des passagers du “Transsib”. Il y a quelques heures encore, je rêvassais en regardant les milliers de kilomètres se cumuler derrière la vitre du train et je m’apprête déjà à chevaucher un petit cheval mongol, au milieu d’une nature splendide. Le paysan qui nous a apporté les chevaux au bord de la route découvre une dentition parcellaire en s’amusant de ma peur du cheval. Pour un Mongol, avoir peur du cheval équivaut à avoir peur du ciel ou des étoiles. Ils vivent avec depuis la plus tendre enfance et apprennent à les monter dès l’âge de 3 ans. Si un enfant mongol le fait… J’enfourche donc mon canasson sous le regard goguenard du cameraman qui m’accompagne. Après avoir fait promettre à mes camarades que nous ne pas- serions pas le cap du trot, je vois un galop en règle s’annoncer dans leurs sourires. Mon cheval s’élance et je dois me faire une raison, à défaut de quoi je perds ma place sur la selle. Je m’accroche donc et perçois un début de plaisir à entendre le bruit des sabots sur le sol spongieux et à voir les collines mongoles défiler à ma gauche. Le coup est pris et je peine à masquer un sourire béat lorsque nous calmons le train pour traverser plusieurs rivières et gagner un petit hameau. La ma- gie opère et c’est en Mongolie, s’il vous plaît, que je me suis réconcilié avec les plaisirs équestres. Nous sommes invités par un paysan à entrer dans la yourte familiale. Ici, l’hospi- talité ne se refuse jamais car, avec la densité de population la plus faible au monde et un climat d’une rigueur extrême, la Mongolie est un piège fatal pour le voyageur esseulé. Assis sur les bancs de couleur, pendant que sa femme prépare le traditionnel thé au lait de jument, notre hôte au regard clair et à la peau burinée répond poliment à nos questions. Je lui demande s’il habite en yourte depuis toujours. “Non, autre- fois j’étais garagiste à Oulan-Bator, mais à la retraite, j’ai pré- féré revenir vivre en yourte dans la nature, comme dans mon enfance, c’est ici que je me sens le mieux.” Il y a donc bien des anciens ayant connu le confort qui reviennent par choix vivre au milieu des steppes, dans un dénuement apparent qui dissimule en réalité des trésors d’intelligence et d’adaptation UNE AMBASSADE BRETONNE À ULAN-BAATOR C’est désormais une tradition, initiée lors du grand raid Brest-Qingdao : la première visite à Oulan-Bator se fait au restaurant LeTriskell, tenu par Yan- nick Queginer, un Breton originaire de la région de Lannion qui a travaillé dans une “centaine de pays”. Véritable figure locale, cet ancien directeur commer- cial d’Alcatel est installé en Mongolie depuis le milieu des années 1990. LeTris- kell, son restaurant crêperie qui sert de l’andouille de Guéméné en apéritif, est fréquenté pour moitié par des Mongols et par les étrangers installés dans la capitale. “Je dis souvent que les Mongols sont un peu comme les Bretons, assez froids et plutôt fiers au début. Il faut savoir gagner leur confiance et beau- coup de temps avant de se faire inviter chez eux. Ici, il y a beaucoup de règles de politesse et un vrai respect des anciens. Mais au bout de quelques années, j’ai été adopté par les Mongols.” En servant un verre de chouchen, Yannick nous parle de la Mongolie d’aujourd’hui : un pays en pleine modernisation mais dont l’essor fulgurant s’est heurté à la crise, comme dans la Chine voisine. “Ici ce sont les mines et le tourisme qui font tourner l’économie. Depuis trois ans, la chute du cours des matières premières a frappé tout un secteur, les familles, les cadres et ouvriers étrangers et beaucoup d’in- vestisseurs ont quitté le pays, explique le patron du Triskell. L’économie est fra- gilisée.” Mais l’optimisme du Trégorrois reprend vite le dessus. “C’est un pays magnifique, plein de ressources mais qui a besoin de savoir-faire extérieur. De nouveaux accords ont été signés avec des entreprises étrangères et je pense que les étrangers vont revenir. J’ai monté le Triskell car il n’y avait pas de restaurant crêperie en Mongolie. Les Mongols ne connaissaient pas les crêpes mais ils aiment bien le cidre, ils en avaient du temps des Russes.” Yannick Queguiner, le patron du restaurant Le Triskell à Oulan-Bator et Yann Rivallain évoquent la Mongolie, lors du tournage d’un film documentaire sur le Transsibérien produit par Salaün Holidays à paraître en 2017.
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