Salaün Mag 9
de brochettes ouzbeks qui nous parlent de Zinédine Zidane… Il y a dans l’air ce sentiment de fraternité et de complicité que l’on ressent lorsqu’on partage un endroit d’une rare beauté, un bout du monde difficile à atteindre. Pour déjeuner, pas question de quitter le lac des yeux. Nous nous arrêtons en bord de route pour acheter du poisson fumé. L’oumoul est en effet le poisson roi du Baïkal. Cette truite unique au monde y abonde et nourrit les populations autochtones depuis des siècles. Fumé et encore chaud, mangé sur une table de pique- nique surplombant le lac, il devient un festin de roi. Sous nos pieds, le lac, qui fait 636 kmdu nord au sud et atteint 1600 m de profondeur, nous fait de l’œil. Il est temps d’em- barquer pour longer ses berges et filmer l’ancienne voie fer- rée du Transsibérien, qui suit ses rives. Au début du xx e siècle, cette portion du Transsibérien avait Port Baïkal pour termi- nus. De là, des navires se chargeaient alors de convoyer les wagons du Transsibérien sur l’autre rive du Baïkal, à 60 km. Ils reprenaient alors leur trajet vers l’est. La voie ferrée fut par la suite prolongée autour du lac pour éviter la coupure fluviale. Plusieurs fois détruite par les eaux, cette ligne fut finalement abandonnée lorsque le Transsibérien fut dévié en amont, vers l’est du lac. Rebaptisée CircumBaïkal,elle a cependant repris du service à des fins essentiellement tou- ristiques, entre Slioudianka et Port Baïkal car elle offre de superbes panoramas sur les eaux cristallines du lac. On rêve d’apercevoir un nerpa, cet adorable phoque endémique du grand lac… De retour sur le chemin de fer, le Baïkal fera encore quelques apparitions, entre Irkoutsk et Oulan-Oude, à travers les vitres du Transsibérien en direction de la Mongolie. En été, les arbres cachent en partie le paysage, mais une bonne par- tie des voyageurs passent cependant quelques heures le nez collé à la vitre pour emporter avec eux les dernières images de ce lac mythique. Lorsque le Transsibérien mongol quitte Oulan-Oude, la capi- tale bouriate, le paysage change rapidement. La taïga, cette grande forêt de mélèzes, de pins sylvestres, de trembles et de quelques bouleaux en lisière, cède la place aux pâturages et à des collines de plus en plus dénudées qui annoncent déjà les steppes mongoles. À ma plus grande joie, dans le train chinois n° 4, les fenêtres s’abaissent encore. Fascinés par la lumière orange de fin de journée, les passagers hument l’air du soir, photographient ces hameaux entourés de pe- tites clôtures et guettent l’apparition des premières yourtes. Les chevaux sauvages galopent le long des rails et notre Transsibérien a déjà entamé sa mue. Désormais, il faudra l’appeler Transmongolien. Au petit matin, le train traverse lentement les “quartiers de yourtes” d’Oulan-Bator, la capitale mongole. Témoins de l’afflux massif de populations nomades dans une capitale qu’on appelait autrefois la “ville de feutre”, ils montrent aussi l’attachement des nomades à leur mode de vie, même en ville. Pourtant, à quatre années d’intervalle, je note des change- ments majeurs dans la capitale. Nombre de routes et trottoirs ont été rénovés, les quelques tours de verre du centre-ville ont été achevées et les Mongols affichent une décontrac- tion et une élégance qui rappellent les grandes villes russes. Tailleurs impeccables, coiffures, accessoires de luxe : les femmes mongoles rivalisent désormais avec leurs voisines AU PAYS DES BOURIATES Il suffit de faire quelques pas à Irkoutsk pour croiser des Bouriates, ces citoyens russes appartenant à un peuplemongol installé tout autour du Baïkal. Proche des Mongols, ils partagent une partie des croyances religieuses de leurs voi- sins, mais ont gardé bien des traits distincts, dont leur langue. Bouddhistes ou chamanistes, les Bouriates sont près de 400 000 répartis entre la République de Bouria- tie et le district autonome bouriate. Leurs datsan, des temples bouddhiques, sont repérables un peu partout dans le paysage. Fiers de leur langue et de leur culture, les Bouriates entretiennent un lien étroit avec la nature. Ils sont particulièrement nombreux à Oulan-Oude, leur capitale, mais aussi dans les environs d’Ir- koutsk. Au bord des routes, dans de petites gargotes, on peut goûter à certaines de leurs spécialités, dont les pozy, de gros ravio- lis à la viande de mouton. Une astuce : avant de les croquer, il faut percer le ravioli pour en boire le jus afin de pouvoir poursuivre la dégustation sans para- pluie.
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