Salaün Mag 8

Salaün Magazine | Page 64 FADO, LE CHANT DES LISBOÈTES Les origines du fado, qui n’est pas une forme portugaise mais bien lisboète, sont assez incertaines mais prennent leur source dans le bouillonnement social, politique et culturel du pays au xix e siècle. Improvisé à l’origine, le fado était aussi un chant porteur de messages, parfois politiques, qui fut même interdit par les autorités. Accompagné d’un instrument à double corde proche de la mandoline, la guitarra portugaise, il est né dans les ruelles de l’Alfama et surtout de la Mouraria, un ancien quartier arabe longtemps délaissé par les planificateurs lisboètes. Au début du xviii e , ce quartier où vivaient aussi de nombreux gitans a vu naître une légende : Maria Severa, une prostituée qui chantait et s’accompagnait à la guitare portugaise. Elle fut l’une des premières interprètes de fado et ouvrit la voie à de nombreux talents dont le plus célèbre reste Amalia Rodriguès, décédée en 1999. Le Fado est marqué par des influences musicales médiévales, mais aussi arabo-andalouses en particulier dans le chant. On pense aussi qu’il a été influencé par les sonorités importées du Nouveau Monde. Il a évolué au fil des époques, failli disparaître mais il bénéficie d’un regain d’intérêt, porté par le tourisme et une génération de jeunes chanteurs. Il est très facile de dîner dans un restaurant de fado, Lisbonne en compte des dizaines qui vont des plus touristiques aux plus authentiques. L’ambiance y est souvent grave et empreinte de respect pour les artistes. Les Lisboètes cherchent à se laisser gagner par le fado, un sentiment qui vient de l’intérieur. Les yeux se ferment pour mieux murmurer du bout des lèvres les paroles de la saudad.

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