Salaün Mag 8

Salaün Magazine | Page 61 entièrement détruite par le grand séisme de 1755, dont les secousses se firent sentir jusqu’en Finlande. Ravagée par le tremblement de terre, la ville fut aussi submergée par un tsunami et connut de terribles incendies. Le roi du Portugal, absent de la ville ce jour-là, en fut quitte pour une phobie qui le poussa à passer le reste de sa vie sur une colline des faubourgs, dans un complexe de tentes, pour pouvoir échapper à une éventuelle catastrophe. Il chargea cependant le marquis de Pombal de reconstruire la ville avec des procédés antisismiques importés du Japon. Pour remonter le temps et entrevoir le Lisbonne antérieur au séisme, il faut prendre la direction de l’Alfama, un ancien quartier maure qui a échappé au désastre. Il est sans doute le plus pittoresque de la ville. On s’y perd dans un dédale de ruelles irrégulières, de petits passages menant à des places étagées, à des églises construites à flanc de collines. Les enfants jouent au ballon sur les placettes et les touristes déam- bulent humblement dans ce quartier qui dégage une atmosphère intime, hors d’âge. Le soir, des notes s’échappent des sombres tavernes où les Lisboètes viennent chanter leur saudade, cette mélancolie portugaise tellement difficile à expliquer qu’on préfère la donner à ressentir en chantant le fado. Des hauteurs de l’Alfama, on obtient une vue imprenable sur le Tage. C’est ici qu’on peut emprunter le fameux tram- way 28, qui permet de découvrir les plus beaux quartiers historiques de Lisbonne. À son bord, on retraverse Baixa avant de s’élancer vers les pentes du Chiado, un quartier chic où s’alignent les boutiques et cafés élégants et que le grand poète portugais Fernando Pessoa fréquentait quotidiennement. Fermement agrippé aux boiseries du vieil electrico jaune et blanc, on gagne ensuite les hauteurs du Bairro Alto, un des vieux quartiers de Lisbonne, qui n’a guère changé depuis sa reconstruction après le tremblement de terre du xviii e . C’est là que se trouvent la plupart des bars, restaurants, ateliers d’artistes, maisons de fado où se mêlent touristes et Lisboètes à la tombée de la nuit. Même si on quitte souvent Lisbonne à contrecœur, la ville est un point de dé- part idéal pour se pencher sur le passé colonial du Portugal. C’est en effet du quartier de Belém, à un quart d’heure du centre, que sont partis les grands navi- gateurs qui ont longé les côtes d’Afrique et ouvert la route des Indes. À deux pas de la célèbre tour de Belém, qui gardait l’entrée du port, un monument est consa- cré aux découvreurs portugais. Entre le xv e et le xvi e , ces derniers ont en effet re- dessiné la carte du monde au fil de leurs découvertes et conquêtes, de Madère à l’Australie, en passant par l’Afrique, les Indes, l’Indonésie, la Chine et même le Brésil, le Groenland et Terre-Neuve. C’est de là que le Portugal tirera les richesses inouïes qui permirent à ses dirigeants de couvrir le pays d’un manteau de châ- teaux et monastères fastueux. Celui des Hiéronymites, à Belém, est un des plus beaux du pays. Sintra, un paysage «culturel» En quittant Lisbonne, on longe la riviera lisboète, où se trouvent les stations bal- néaires les plus anciennes du pays, telle que Cascais, à la fois touristique et por- tuaire, et surtout la plus huppée Estoril, connue pour son casino, ses golfs et son circuit automobile. Si l’on conti- nue à longer la côte, après avoir salué l’océan du haut des falaises du point le plus occidental de l’Europe continentale, au Cabo da Roca, on atteint l’étonnante ville de Sintra. Elle fut une place forte des Maures, qui y ont construit la for- teresse qui domine aujourd’hui encore un paysage incroyablement luxuriant. Au milieu des arbres exotiques, des fou- gères arborescentes et de nombreuses DOSSIER | Portugal et Madère À gauche : vue sur Lisbonne, campée sur les bords du Tage. À droite : le palais de la Pena, sur les hauteurs de Sintra, un haut lieu du romantisme portugais au xix e siècle. Page de gauche : dans les rues piétonnes du centre de Lisbonne.

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