Salaün Mag 8
Salaün Magazine | Page 17 Le Cap dur, le Cap des Tempêtes Pointe la plus septentrionale du continent américain, le cap Horn occupe une place particulière dans l’histoire de la navigation. Avant le percement du canal de Panama, il marquait le passage obligé de toutes les routes qui menaient les grands voiliers vers le Pacifique, ses îles enchanteresses et leurs précieuses épices. En soi, son passage n’était pas difficile et pouvait être assez bref. Ce qui l’était moins, c’était – pour un grand voilier remontant mal au vent – de franchir le très long passage de Drake, qui sépare la pointe de la Terre de Feu du continent antarctique. Un endroit où les vents font le tour de la Terre sans rencontrer le moindre obstacle, où les courants chauds du Pacifique et froids de l’Atlantique s’affrontent, levant des mers infernales et mortelles. Dans ces quarentièmes rugissants ou cinquantièmes hurlants, les voiliers qui voulaient passer de l’Atlantique au Pacifique pouvaient aller des semaines à tirer des bords sans gagner le moindre mille. Certains, comme la fameuse Bounty du capitaine William Bligh, étaient obligés de renoncer et repartaient vers l’est pour un tour du monde dans les mers australes, afin d’aborder le Pacifique par l’ouest avec des vents plus favorables. Mais le symbole d’un passage réussi restait le cap Horn. Les marins qui l’avaient franchi gagnaient le privilège de cracher et de pisser au vent, de mettre un pied sur la table et de porter une boucle d’or à l’oreille gauche. Pour la boucle d’oreille, je n’ose pas. Quant au pied sur la table du dîner, ce n’est même pas la peine d’y songer. Les quarantièmes rugissants se réveilleraient bien vite… Page de gauche : le phare du cap Horn. En haut à gauche : aquarelle Ronan Olier – On accoste sur le Horn par le nord. En haut à droite : le commandant du phare, un an de solitude en famille. Ci-dessus : une plaque à l’honneur des capitaines au long cours. REPORTAGE | Argentine
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