Salaün Mag 8
Salaün Magazine | Page 16 REPORTAGE | L’Argentine à la décision du commandant qui doit évaluer l’évolution probable du temps dans les deux heures à venir. Hors de question de prendre le moindre risque. Il faut être sûr de pouvoir débarquer dans des conditions gérables, mais aussi être sûr de pouvoir ramener tout le monde à bord ! À 7h, le commandant donne son accord à un débarquement. Il n’y a plus une mi- nute à perdre. Les marins ont déjà assuré une navette jusqu’à la petite crique où nous accosterons, pour y installer des passerelles qui nous éviteront de nous mouiller les pieds. Après une descente à terre un peu spor- tive, on attaque la montée de la falaise. Une grimpette aménagée mais qui, à 7 heures du matin, vous laisse sans jambes. Sur le sommet de l’île, on peut mesurer combien le Horn mérite son surnom de « cap dur ». Sous une bruine froide, balayé par un vent glacial, le plateau offre un paysage de désolation, oc- cupé par une végétation de tourbières, de mousses et de landes. C’est dans ce décor triste et oppressant que les Chiliens ont installé – en 1990 – une petite base militaire qui compte un phare, une maison de gar- dien, une chapelle, un bâtiment tech- nique. Un officier de marine veille sur cet ensemble. Celui qui nous a reçus, en grande tenue, terminait un séjour d’un an sur l’île, avec sa femme et ses deux filles, âgées de 13 et 8 ans. Élégant, accueillant et disponible, il assurait que ce séjour s’était déroulé sans problème, même s’il ne dissimulait pas sa joie de retrouver la civilisation au terme de ces 12 mois de vie d’ermite. Dans le bâtiment, un petit musée a été aménagé. On y trouve essentielle- ment des souvenirs laissés par les rares navires à avoir fait escale au Horn. La Jeanne d’Arc est de ceux-là. À quelques mètres de là, une stèle se dresse en hommage aux capitaines cap- horniers français. Un autre monument a été érigé à la mémoire de tous les marins disparus en tentant de franchir le cap perdu. Mais, comme s’il voulait mon- trer qu’il restait le plus fort, le vent l’a récemment arraché à son socle. Au bout d’une petite heure, notre visite SOUS UNE BRUINE FROIDE, BALAYÉ PAR UN VENT GLACIAL, LE PLATEAU OFFRE UN PAYSAGE DE DÉSOLATION
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