Salaün Mag 6
Salaün Magazine | Page 79 traversent le carrefour. Parmi les autres monuments impression- nants qui jalonnent la visite, citons la statue de Kim Il Sung sur la colline de Mansudae, aux proportions démesurées, où les jeunes mariés et tous les visiteurs étrangers sont invités à rendre hom- mage au « Grand Leader » en déposant un bouquet de fleur. La tour du Juche, l’idéologie officielle du régime, élaborée par le président est quant à elle visible en tout point de la ville. Tard dans la nuit, sa flamme électrique rouge est une des seules lueurs de Pyongyang avec les grands tableaux représentants les deux leaders, qu’on distingue, placés à inter- valles réguliers, dans chaque quartier. On s’amusera à déchiffrer les plaques de soutien au Juche, installées dans le socle de la statue, portant des messages de nombreuses associations ou individus dont quelques Français. Le cimetière des combattants de la guerre de Corée, avec ses dizaines de bustes dorés, représentants les compagnons de lutte de Kim Il Sung, ainsi que sa femme, est aussi un incontournable. De là-haut, on obtient une vue d’ensemble sur la ville et on distingue le monument à la fondation du parti où figurent un marteau, une faucille et – originalité nord-coréenne – un pinceau, représentant l’intellectuel et élargissant ainsi le duo marxiste-léniniste de l’ouvrier et du paysan. Parmi les bâtiments officiels, le mausolée des présidents Kim Il Sung et de Kim Jong Il est le plus impressionnant. Ici aussi le protocole est serré. Pêle-mêle, des jeunes journalistes de Bali font la queue deux par deux avec un ministre de la culture africain et de nombreux Coréens du nord, venus de tout le pays pour découvrir le monument récemment réaménagé. Les dépouilles des deux présidents sont présentées au public à l’intérieur d’un gigantesque palais, l’ancienne demeure du président. Le céré- monial d’approche est particulièrement spectaculaire. On entre au cœur du palais sur de très longs tapis roulants, sur lesquels les visiteurs sont répartis en petit groupes invités à rester immobiles. Les tapis nous font passer lentement devant d’impassibles coréennes, le visage fardé de blanc, por- tant le costume traditionnel et le deuil des leaders. Une musique plaintive baigne les longs couloirs où défilent lentement sous nos yeux de larges clichés de Kim Il Sung pen- dant son règne, le plus souvent au milieu de grands chantiers, entouré d’ouvriers, de paysans ou de militaires. Au terme d’un cheminement qui inclut un passage dans un bain désinfectant nos semelles et une étonnante soufflerie qui nous arracherait jusqu’au dernier bigoudi, on pénètre dans un immense mausolée de marbre rouge où le corps embaumé de Kim Il Sung est présenté sous une cage de verre, devant laquelle l’usage commande de s’incliner, à trois reprises. On traverse ensuite une série de salles où sont exposés de très nombreux objets personnels du dirigeant, parmi lesquels une grande vedette de patrouille, installée dans un faux bassin, ses Mercedes de fonction ainsi que le wagon avec lequel Kim Il Sung, qui n’aimait pas l’avion, effectuait ses déplacements, y compris jusqu’à Moscou. On se retrouve ensuite invité à mettre pied sur un nouveau tapis roulant et à revivre les grandes étapes de ce cheminement pour parvenir à la dépouille, récemment installée, de Kim Jong Il, décédé en 2011. La cérémonie de signature du livre d’or, sur d’immenses bureaux entourés de secrétaires officiels est un spectacle à part entière. Des visiteurs du monde entier décrivent avec beaucoup d’emphase les émotions ressenties au terme de cette visite unique en son genre. Mon guide, embarrassé, me demande obligeamment de traduire en français mon petit témoignage En haut, pause photographique pour ces militaires visitant le mausolée de Kim Il Sung et Kim Jong Il. Les monuments et bâtiments publics de Pyongyang forment le plus vaste musée à ciel ouvert d’architecture socialiste au monde.
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