Salaün Mag 5

Salaün Magazine | Page 68 qui sorte des sentiers battus et des «must do » romains. Comment parler avec ori- ginalité d’une ville multimillénaire, l’une des plus visitées au monde, sans égrener un chapelet de clichés ? Comment évoquer la fontaine de Trévise sans mentionner la baignade d’Anita Ektberg et Marcello Mastroianni dans la Dolce Vita ? Pouvait- on évoquer le romantisme de la Piazza Navone, du Campo de’ Fiori ou du Pan- théon sans que les premiers auteurs des Guides verts ne se retournent dans leurs tombes ? Même dans l’avion qui survolait la Toscane, les images de gladiateurs dans les ruines, de gelati aux milles parfums, de coups d’aviron sur l’étang du parc de la villa Borghèse, de baisers langoureux du haut de l’escalier d’Espagne tournoyaient dans mon esprit inquiet : clichés, clichés et encore clichés… Il me restait quelques espoirs, comme ce quartier un peu bohême, entrevu il y a une vingtaine d’années, de l’autre côté du Tibre, qui m’avait semblé prometteur. Il y avait aussi les pistes que me livreraient quelques Bretons de Rome, que nous devions rencontrer dans le cadre d’une émission que nous préparions pour une chaîne de télévision bretonne. Mais surtout, il me restait la botte secrète, celle qui me mènerait forcément à une autre Rome, sans la quitter d’une semelle : la Vespa, le « scoot des scoots », né à Gênes mais taillé pour Rome, ses collines et son air chaud, ses robes légères et ses lunettes de soleil… Cliché, encore, vous dites ? Oui et non ! On connaît tous quelqu’un qui a jeté une pièce par dessus son épaule dans la fontaine de Trévi, bu une bouteille de Frascati (le vin des collines voisines) ou mangé une pizza inoubliable sur une charmante place romaine… Mais côté Vespa, mis à part l’ami Marcello, qui nous a véritablement fait traverser la cité éternelle sur « la guêpe », ce scooter aux lignes indémodables, inventé il y a près de soixante ans par les ingénieurs de Piaggio ? En faisant basculer l’élégante Vespa sur sa béquille centrale, j’achevais de me convaincre que le cliché du scooter filant dans Rome méritait d’être revisité car, comme la religion dont cette ville est la capitale, il comptait finalement beaucoup plus de croyants que de pratiquants. Un clignotant, un coup d’accélérateur et la magie romaine est à l’œuvre. La chaleur étouffante qui faisait ruisseler mes tempes quelques instant plus tôt s’est muée en une délicieuse brise. Après quelques jours passés à sillonner Rome à pied, sa traversée en Vespa est un festin pour le regard : en filant tranquillement sur ses larges avenues —étonnamment calmes et rassurantes en cette fin d’été—, on a tout le loisir de multiplier les perspectives sur les sites visités en bipède. Le moteur quatre temps siffle tranquillement au milieu de l’avenue de la Via Nazionale , qui descend vers la cité antique. Le gigantesque monu- ment Victore Emmanuel III apparait en contrebas. A cause de son allure étrange et massive, les Romains l’ont baptisé « la machine à écrire sans caractère ». Ma Vespa contourne la place qui fait face à l’hôtel de ville et sur la façade du palais de Venise, j’aperçois le balcon d’où Mus- solini prononça de nombreux et funestes discours. Les policiers qui gardent l’entrée En haut, la douceur de la nuit romaine permet aux locaux et aux touristes de dîner en extérieur dans les nombreux petits retaurants du quartier de Trastevere. En bas, assortiment de pâtes au marché de Campo de’ Fiori.

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