Salaün Mag 5
« A Rome, rien ne change… Si on revient vingt ans après avoir quitté la ville, on retrouve les mêmes per- sonnes, les mêmes commerces, comme si c’était hier… ». Ainsi témoigne Micheli, un retraité romain qui aime quitter sa ville le plus souvent possible, pour mieux la retrouver. A le croire, elle serait un peu à l’image de ses habitants : nonchalante, fière de garder un rythme et un art de vivre qu’on chercherait en vain dans d’autres capitales européennes. Rome laisserait-elle à Milan et à d’autres métropoles euro- péennes — Londres, Lisbonne, Barcelone ou Berlin — la course à la modernité, le tumulte ou le buzz architectural…? Il est vrai qu’avec ses habits de pierre, dont les plus anciens ont près de vingt-cinq siècles, Rome nous convie à un voyage patrimo- nial et architectural d’une telle richesse qu’il faudait beaucoup plus que quelques tours de verre pour contraindre les habitants de la capi- tale italienne à relever leurs paupières alourdies par la chaleur. Pas fous ces Romains… Cet héritage ne fait cependant pas de Rome une simple ville musée, loin de là… Centres d’art contemporain, auditorium, quartiers alternatifs : Rome est bien de son temps même si elle le fait moins savoir que d’autres. Chaque génération appose sur une toile déjà largement accomplie sa touche de culture et d’architecture, sans revendications bruyantes et sans boule- verser l’existant. La Ville éternelle, son cœur antique et ses places Renaissance promettent à qui la découvre un émer- veillement qui ne se tarira pas au fil des visites. Ceux qui ont déjà souvent arpenté les ruelles de Rome savent qu’on ne se lasse jamais d’une promenade du Colisée à la Piazza del Popolo. Ils savent aussi qu’on peut renouveler facilement son expérience romaine en allongeant le pas vers des quartiers insolites comme le turbulent Testaccio, au pied de la huitième colline de la cité. Les plus autonomes pourront même prolonger leur expérience romaine par une visite des Castelli Romani, les châteaux construits sur les volcans éteints du Lazio, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Rome. Roma en vespa Nonchalant lui aussi, ce loueur de Vespa, à deux pas de la Piazza di Reppublica, qui m’a assuré que Rome n’avait pas été construite pour les voitures mais les chars à deux roues, les carrosses et… les vespas. A peine le temps de me montrer comment démarrer le magnifique spécimen que j’avais timidement montré du doigt, qu’il disparaissait au coin de la rue - pause café oblige - m’abandonnant avec un trousseau de clés et une carte pour parcourir Rome en deux roues. « Il n’y a qu’à Rome que l’on peut com- prendre Rome », ces mots de Goethe m’était venus à l’esprit quelques jours plus tôt, lorsqu’on m’avait demandé d’écrire un article sur la capitale italienne, R OM E et la dolce crisa « Veuve d’un peuple-roi, mais reine encore du monde. » Rome a pendant des siècles été la ville la plus peuplée au monde et par son architecture, la plus fascinante pour l’humanité. Les Romains défendent jalousement ce statut, mais a ussi un rythme de vie, une décontraction et un art du quotidien qui contraste avec bien des capitales européennes. Découvrir la Ville éternelle reste une expérience de voyage unique. Y revenir promet aussi de belles surprises. YANN RIVALLAIN
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