Salaün Mag 11
dossier spécial | afrique Salaün Magazine | Page 37 son sommet fait partie des rituels des locaux : en famille ou en amoureux, ils sont nombreux, le week-end en particulier, à rallier lamontagne, panier de pique-nique à lamain pour une journée de détente face à la plus belle vue à 360° sur le parc naturel national. Pour les plus sportifs, l’ascension peut se faire à pied par plusieurs itinéraires pentus. Compter alors plusieurs heures. Plus rapide, le téléphérique ! Le premier fut inauguré en 1929 et, aujourd’hui, c’est une nouvelle version avec une cabine de 65 passagers, contre 25 auparavant, qui a surtout la bonne idée de tourner lentement sur elle-même. Chacun, à unmoment, se retrouvera ainsi face aux panoramas sur lamer ou la ville, ou tout près de l’abrupte falaise de grès. Attention toutefois, la file d’attente au pied s’étire souvent en longueur sous un soleil puissant, et, au sommet, la chute de température peut être forte. Passées ces précautions, le court voyage dans les airs s’achève par un enchantement. La vue est exceptionnelle de tous côtés et lesmultiples petits sentiers égayent les visiteurs, supprimant de fait la crainte de sentiment de foule sur le site. Ici, onmange ses provisions sur un banc là, on scrute l’horizon immense, ailleurs, on observe des proteas, fleurs symboles de l’Afrique du Sud, et des damans, petits rongeurs autochtones, qui partagent l’espace avec quelques porcs-épics, mangoustes et tortues. Deux restaurants-bars aident à se remettre de ses émotions avant la descente. Parfois, des nuages s’accrochent au sommet de la Table et les habitants disent alors : “la nappe est mise”. comme venus hottentote En 1994, à la demande du peuple Khoïkhoï, installé près du Cap et rebaptisé Hottentot par les Hollandais, NelsonMandela a réitéré à la France une vieille exigence : le retour de la dépouille de Saartjie Baartman, surnommée la Vénus hottentote, morte à Paris en 1815. Elle fut un phénomène de foire, dont se servirent des scientifiques et politiques pour élaborer la théorie des “races inférieures” que reprendra plus tard Adolf Hitler, exhibée en Angleterre et en Hollande avant d’arriver en France pour montrer au public un fessier proéminent, courant chez les femmes de son peuple. On pouvait, pour un peu d’argent, la voir et, pour un peu plus, toucher son postérieur au grand bénéfice de son “montreur” tandis qu’elle était hébergée dans un taudis où elle contractera une pneumoniemortelle. L’anatomiste Georges Cuvier récupère son cadavre, en fait unmoulage complet de plâtre, place dans du formol son cerveau, son anus et ses parties génitales, avant d’extraire de ses chairs chacun de ses os, un par un, pour reconstituer son squelette. Lemoule et son squelette seront exposés au musée de l’Homme de Paris de 1937 à 1974, avant d’être remisés aux réserves, et ressortis pour une expo autour de Gauguin aumusée d’Orsay en 1994, année oùMandela exprime donc la réprobation de son pays. Il faudra le vote d’une loi spéciale de restitution en 2002 pour que la France rende la dépouille à l’Afrique du Sud. Le 9 août, Journée de la femme dans le pays, elle est alors placée sur un lit d’herbes sèches et incinérée lors d’une grande cérémonie auprès de son peuple. V Ci-dessus, en haut : femme hottentote. Ci-dessus, en bas : le téléphérique pour accéder au sommet de Mountain Table permet d’embrasser du regard toute la baie.
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