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Salaün mag | Page 50 REPORTAGE | New York De cette odyssée, restent le pont Verrazzano (l’Italo-Français), dont la traversée est devenue le moment phare du mythique marathon de New York, la rivière Hudson (l’Anglais) qui baigne les quais, et… une marque de cigarettes (le Hollan- dais). La guerre de Sécession (1861-1865) fait remonter du Sud des milliers d’esclaves noirs et, à cette période, plus d’un New-Yorkais sur deux est né à l’étranger. 12 millions de migrants Le mouvement ne se tarira pas. Entre 1820 et 1890, plus de dix millions de migrants, pour l’essentiel arrivant d’Irlande, Allemagne et Italie, se sont installés sur les rives de l’Hudson. En 1892, le gouvernement fédéral décide d’ouvrir un centre unique d’accueil et de traitement des innombrables candi- dats à l’immigration au sud de Manhattan, sur Ellis Island, îlot à 800 m de la statue de la Liberté, cadeau de la France, inaugurée juste six ans auparavant. La « Liberté éclairant le monde » sera désormais le symbole de l’arrivée en terre promise pour des millions de gens fuyant la pauvreté, la persécution politique ou religieuse dans leur pays. À sa fermeture en 1954, Ellis Island aura vu débarquer plus de 12millions de futurs Américains définitifs ou temporaires, dont beaucoup de noms résonnent à nos oreilles : Lucky Luciano, Cary Grant, Claudette Colbert, Rudolph Valen- tino, Greta Garbo, Charles Boyer, Fritz Lang, Alfred Hitchcock, Charlie Chaplin, Isaac Asimov… Aujourd’hui, plus de 100 millions d’Américains ont au moins un ancêtre à être passé par Ellis Island. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Asie, l’Afrique et l’Amé- rique latine viennent rivaliser avec la vieille Europe pour l’origine des migrants. Et on se retrouve par nationalité dans ce New York qui a dû choisir les gratte-ciel pour les accueillir et préserver l’espace au sol. En ce xxi e siècle, seulement un peu plus de 50% des New-Yorkais disent utiliser l’anglais pour s’exprimer dans le cercle familial. back to breiZh Le français ne résonne dans les rues de New York pratiquement qu’au moment des vacances scolaires hexagonales. Le créole français des Antilles, d’Haïti, y est davantage parlé. Dans les vagues d’émigration vers les Amériques, ce sont surtout des régions qui se sont mobili- sées. Basques et Corses préférèrent le sud avec l’Argentine entre autres, tandis qu’Alsaciens et Bretons plébiscitaient New York et le Canada. Un point commun : ils amenaient tous avec eux leur langue régionale, vecteur idéal pour se retrouver entre « pays » et échanger dans la discrétion. «ÀNewYork, les Bretons étaient très appréciés pour leur force de travail dans le bâtiment et la restauration, raconte Laurent Corbel, président des Bretons de New York. Ils étaient si nombreux dans les cuisines que le breton devint la langue d’usage dans la restauration. Les Américains, qui, de toute façon, ne comprenaient pas non plus le français, n’y voyaient pas de problème puisque le boulot était bien fait ». Dans la construction, les Armoricains furent des milliers affectés à la fabrication de briques, dont la ville avait un besoin immense pour poursuivre son déve- loppement insensé. « Pour la plupart de nos concitoyens, la venue à New York était un impératif pour se sortir de la précarité et ramener un pactole pour lancer une affaire de retour au pays. Cela pouvait durer trois, cinq, dix ans… ceux qui sont restés au delà ont poursuivi l’exil jusqu’à la retraite ou se sont définitivement installés, conclut Laurent Corbel. Il faut dire qu’il est facile de se trouver à sa place à New York. Moi, j’ai travaillé quatre ans à Paris et jamais, je ne me suis senti Parisien. Cinq mois après mon arrivée à New York, j’étais New-Yorkais ! » Aujourd’hui, plus de 100millions d’Américains ont au moins un ancêtre à être passé par Ellis Island. Ci-dessus : la statue de la Liberté, symbole pour beaucoup d’une vie nouvelle. Le quartier de la «Petite Italie», façonné par l’immigration massive des Italiens, notamment Calabrais et Siciliens.

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