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Salaün mag | Page 49 REPORTAGE | New York On ne naît pas new-yorkais, o n l e d e v i e n t A vant que Franck Sinatra ne chante « la ville qui ne dort jamais », Simone de Beauvoir écrivait déjà « il y a quelque chose dans l’air de New York qui rend le sommeil inutile ». C’était en 1947 et la philosophe – 39 ans alors – découvrait la cité avec l’excitation d’une gamine, comme elle le racon- tera dans son carnet de voyage L’Amérique au jour le jour . Éblouie par la beauté des « gigantesques dominos de pierre et de lumière », elle mûrit là le livre qui la rendra célèbre à travers le monde Le deuxième sexe qui sera publié en 1949. Ce «On ne naît pas New-Yorkais, on le devient » lui a-t-il alors traversé l’esprit ? Pas impossible face à l’extrême diversité de diasporas métissées qui se croisent ici, de quartier en quartier, de block à block , d’une rue à l’autre. New York, ville la plus peuplée des États-Unis d’Amérique, n’est pas américaine ! Elle est le monde. Ici, « you’re welcome ». Origines obligent. À l’origine était Manna-hata, « Île aux nombreuses collines » dans la langue des Indiens lenapes qui peuplent le site. Sur une commande de François i er , roi de France, l’explora- teur florentin Giovanni da Verrazzano entre le premier, le 17 avril 1524, dans la baie de la future New York. On cherche toujours alors la route vers l’Orient qu’avait pronostiquée Christophe Colomb. pour 24 dollars Verrazzano pose le pied entre Brooklyn et Staten Island et baptise le lieu « La Nouvelle-Angoulême », en hommage au roi français. Lequel n’en sera guère reconnaissant : il prive Verrazzano du soutien financier qui permettrait l’installa- tion durable de la possession et, avec l’argent, s’en va faire la guerre en Italie. Les Hollandais, qui, eux, ont engagé l’ex- plorateur anglais Henry Hudson, profitent de la faiblesse des Français dans la baie pour débarquer sur Manhattan. En 1624, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en prend possession et la rebaptise « La Nouvelle-Amsterdam». Deux ans plus tard, elle rachète tout simplement l’île aux Lenapes-Manhattes pour un peu de verroterie et… 24 dollars. Des massacres ont lieu et la paix est ramenée en 1647 par un nouveau directeur de la Compagnie, Peter Stuyvesant. Pas pour longtemps, car ce sont cette fois les Anglais qui entrent dans le jeu et conquièrent en 1664 la jeune ville pour la dédier aussitôt à Jacques, frère du roi Charles II d’Angle- terre. Jacques étant duc d’York, ce sera donc «New York ». Si le nom est définitivement resté, les Anglais verront ici le début du soulèvement de leur colonie pour l’indépendance, signée et reconnue à Paris en 1783. une démographie galopante L’heure du développement a sonné. New York, qui ne compte encore que 5000 habitants en 1700, devient la plus grande ville des États-Unis en 1830 avec plus de 200000 âmes. Pour gérer cette population toujours grandissante, on construit en hauteur et la ville est divisée en 1898 en cinq arrondisse- ments ( boroughs ) : Manhattan, Brooklyn, Bronx, Queens et Staten Island. Le New York d’aujourd’hui. Ville la plus cosmopolite au monde, New York n’existerait pas sans les vagues d’immigrants qui l’ont construite, façonnée, imprégnée, détournée, reconstruite. Des gens débarqués d’Irlande, de Porto Rico, du Sri Lanka, de Sierra Leone ou du Léon en Bretagne, qui, un à un, ont fait la Grosse Pomme. Retour sur une histoire parfois tendue qui a fait le New York d’aujourd’hui. YVES POUCHARD
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