salaun-mag-13

Une guerre de taupe au top De passage à Saigon, on vous proposera fatalement une excursion jusqu’à Cu Chi, 70 km au nord-ouest. Se trouve ici un des plus importants réseaux de tunnels souterrains creusés boyau par boyau par les combattants vietnamiens face aux Français, puis aux Américains entre 1946 et 1975. Une stratégie de taupe qui permettait de surgir à tout moment devant, derrière l’adversaire et de s’évaporer aussitôt dans la nature. Et aussi de se protéger des bombes et produits chimiques lancés à foison par les terrifiants B52. Interconnectés sur trois niveaux de profondeur, les tunnels, où seules les petites corpulences pouvaient passer, étaient aussi cuisines (avec fumée s’échappant par un trou inhabité à plusieurs dizaines de mètres), salles de repos, de réunion, de cours ou hôpitaux de campagne. À Cu Chi, on propose à ceux qui le peuvent physiquement de parcourir quelque distance courte sous la terre, histoire de mieux s’imprégner du défi colossal que fut ce schéma de combat. À la surface, des mannequins en uniforme strictement authentique reconstituent des scènes du quotidien d’alors, près d’un char américain sauté sur une mine en 1970 et laissé là en témoignage, ou près d’un alignement de tous les types de pièges munis de pointes et broches acérées qui furent enterrés sur le chemin de passage des adversaires. Un frisson passe alors forcément dans le dos. L’art de chercher à faire souffrir son semblable n’a ni nationalité ni frontière. Une petite soif ? Rendez-vous au prochain hamac Si le hamac appartient au quotidien de nombre de Vietnamiens, il est omniprésent dans le delta du Mékong. Tout chauffeur en a un, remisé au fond de son coffre, qu’il n’hésite pas à sortir dès qu’un temps de libre se dessine. On se gare à l’ombre d’un arbre, si possible, puis un nœud autour du tronc et un autre à la poignée de portière, et on s’allonge. Plus étonnants pour le visiteur de passage sont les hamacs alignés en terrasse des cafés. Tables et chaises classiques ne servent qu’en cas de besoin d’écriture ou d’une envie de jeux de cartes. Sinon, c’est hamac pour tous, paysan du coin ou homme d’affaires en tournée. Une desserte en bout du filet sert au serveur pour déposer quelques encas ou carafe d’eau. Sinon, c’est hamac pour boire. Entre deux moments de somnolence, on échange à voix feutrée sur l’air du temps et, ensuite, chacun, requinqué, repart à sa tâche, ou reste encore un bout de temps juste pour regarder, amusé, les touristes tentant de comprendre l’art subtil de s’assoir dans un filet mouvant, puis d’allonger ses jambes sans se retrouver aussitôt par terre, ou joliment saucissonné !

RkJQdWJsaXNoZXIy NTUzMDA5