Salaün Mag 12

GRAND ANGLE | La Colombie Salaün mag | Page 24 Avec Botero, la Colombie tient la forme… Le peintre de la Marine Ronan Olier et Jean Lallouët ont sillonné ensemble l’Amérique du Sud. En Colombie, ils ont été séduits par Botero… et ses modèles. Mais si, Fernando Botero, vous connaissez ! Ses femmes felliniennes, bien en chair, avec des grosses fesses et de petites bouches… Eh bien, Botero est Colombien, né à Medellín, dans le nord du pays. Et son pays lui voue une vénération aussi démesurée que ses personnages. C’est le moins qu’il puisse faire. Car Fernando s’est montré généreux envers sa terre natale. Très. À Medellín, il a bénévolement garni de ses œuvres deux musées – celui de Zea et celui d’Antioquia – et assuré lui-même la facture du mobilier urbain de quelques squares et places de la cité. À Bogota, il a offert à la ville plus d’une centaine de ses œuvres et à peu près autant des créations qu’il avait pu acquérir au cours de sa carrière. Au fil des salles du musée de la Candelaria, vous découvrez du Bonnard, du Dali, du Chagall, du Renoir, du Picasso, du Miro… Un tourbillon d’émotions ! Pour s’en remettre, il n’est pas déconseillé de repasser par l’espace dédié à Botero lui- même. Et de se retrouver face à l’indifférence hypnotisante du regard de ses déesses callipyges ou des troublantes surcharges pondérales de ses toreros avachis. Avec Ronan, suite à cette visite, nous avons poursuivi notre découverte de Bogota. Le marché aux fleurs, le fabuleux musée de l’or, le cerro de Montserrate… Au fur et à mesure que le temps passait, nous nous accoutumions à l’atmosphère particulière de cette capitale à la fois froide et généreuse, sans réelle beauté et pourtant attirante… Mais je sentais mon compagnon de route troublé, taraudé par une vérité qu’il n’osait avouer. « Tu sais, me dit-il, Botero, il n’avait pas tant d’imagination que ça. Il savait surtout regarder… » Devant nous, quatre jeunes filles déambulaient, parsemant leur démarche d’éclats de rire rafraîchissants comme une ondée de soir d’orage. Leurs jeans étaient gonflés de ces volumes dont Botero remplissait nos rêves ; leurs corsages, gorgés de rondeurs insolentes, menaçaient de faire exploser une toile qu’eût pu signer le génial Colombien ; leurs joues, pleines et lisses, mangeaient leurs yeux, pourtant grands et vifs… « C’est vrai, non ? », insista Ronan en souriant. C’est vrai, Maître. JEAN LALLOUËT. Gouache de Ronan Olier

RkJQdWJsaXNoZXIy NTUzMDA5