Salaünmag N°15

Salaün mag | Page 65 UN TOUR EN VILLE | Budapest P lus endiablée que Vienne, plus enjouée que Prague, ses deux grandes rivales de l’ex Empire austro-hongrois, Budapest mérite sa réputation d’une des plus passionnantes cités d’Europe centrale. Il y a dans son atmosphère comme un petit grain de folie prêt à exploser au premier prétexte. Faut-il en chercher la raison dans l’histoire mouvementée de la ville et de la Hongrie en général ? Les Celtes, premiers hôtes des lieux, ont vu se succéder les Romains, Attila à la tête de ses Huns, les Goths, les Lombards, lesTurcs, jusqu’à l’arrivée desMagyars, venus de l’Oural, célébrés comme ancêtres du peuple hongrois. En l’an 1000, leur premier roi, Étienne I er crée la nation hongroise, se convertit au catholi- cisme. Il sera canonisé, et, aujourd’hui, la basilique Saint-Étienne constitue une des splendeurs de Budapest. Mais la ville est loin d’en avoir fini avec les soubresauts des conquêtes. Ravagée par les Mongols, elle passe sous la tutelle des princes angevins, puis deSigismondde Luxembourg, puis de Mathias Corvin I er qui, avec Béatrice de Naples, son épouse, sera un fer de lance de la Renaissance. Une période d’or qui s’achève par l’invasion des Ottomans pour 150 ans. Charles V de Lorraine, qui vient de libérer Vienne du long siège de ces mêmes Otto- mans, poursuit sa victoire en libérant laHongrie, désormais dans le giron des Habsbourg. LacohabitationentreAutrichiens et Hongroisne serapasun long fleuve tranquille et s’achèvera dans la douleur au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec la perte des deux tiers du terri- toire initial du Royaume de Hongrie. Pour les récupérer, les diri- geants de Budapest –mais pas tout le peuple, loin de là–s’asso- cieront avec lesnazis lorsdusecondconflitmondial. Et cette fois, voilà l’Armée rouge qui s’invite pour détruire la ville à plus de 70 %. Décidémentrebelles, leshabitantsdeBudapestsont lespremiers à oser défier le pouvoir soviétique en 1956, pour réclamer plus de démocratie. Les chars russes règlent l’affront, faisant plus de 20 000morts et poussant à l’exil 160 000 personnes. En mai 1989, des gardes-frontières hongrois découpent des ouvertures dans le rideau de fer qui coupe alors l’Europe en deux, permettant aux résidents de l’Est de passer à l’Ouest. Cet acte d’émancipation, impensable quelques mois auparavant seule- ment, entraîne en octobre la naissance de la République de Hongrie libre ; en novembre, la chute du mur de Berlin ; en 1991, la fin de l’URSS... Connaître ce déroulé, même rapide, éclaire l’âme du Budapest d’aujourd’hui, et c’est maintenant en gourmand que l’on peut se lancer dans une rencontre sensuelle avec Buda, avec Pest, avec Budapest, et tous ceux qui ont laissé leurs empreintes sur ces rives du Danube. Place des Héros (H ő sök tere).

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