Salaün Magazine 14

Salaün mag | Page 95 Comme cela se pratiquait cou- ramment en Outre-Mer, on lui met dans la balance la prison et une vie à payer des indemnités ou un engagement immédiat dans la Légion étrangère. Il est trop jeune et on arrange ses papiers pour l’envoyer en métro- pole au 2 e régiment étranger d’infanterie de Nîmes. «On m’y a demandé ce que je savais faire. J’ai dit qu’en Polynésie, j’étais très fort en pêche sous-marine au fusil, et c’était vrai. Alors, on m’a affecté tireur d’élite.» Côte d’Ivoire, Afghanistan, Syrie, Afrique du Sud… il est de tous les théâtres d’opération les plus dan- gereux. Il y reçoit les médailles d’honneur, puis du Mérite des mains propres de Michel Rocard, alors Premier ministre. Il défile à quatre reprises sur les Champs-Élysées au 14-Juillet, d’abord comme simple homme, puis en tête des légionnaires. À 20 ans, il est papa d’une petite Hélèna, après la rencontre avec une métropolitaine. Suite à ses états de service, on lui confie une mission spéciale : parcourir la France pour, de département en département, former au tir de précision et au combat rap- proché les gendarmes, policiers et pompiers. On le verra ainsi à Brest, Dinard, Bordeaux, en Corse… «J’aimais beaucoup ce que je fai- sais, mais un matin, Hélèna m’a dit qu’elle en avait assez d’avoir peur et m’a demandé de quitter la Légion. J’arrivais au terme de mes 15 ans d’engagement et je suis donc parti pour elle.» On lui propose des postes de garde du corps rapproché de personnalités, mais c’est le retour en Polynésie avec sa fille qui l’intéresse. danseur et acteur Son retour avait été préparé. Avec ses primes de missions, il a construit au fil du temps des farés à louer au Tuamotu. « Avec ma retraite, l’argent mis de côté et ces locations, j’aurais pu vivre tranquillement, mais ce n’est pas mon genre. Ma grand-mère, qui m’avait élevé et que j’adorais, venait de mourir. Elle avait été danseuse traditionnelle. En son hommage, j’ai décidé de le deve- nir à mon tour.» Il prend des cours à Tahiti, sa condition physique lui permet- tant tout. Il sera donc anima- teur-danseur au Club Med de Moorea jusqu’à sa fermeture au bout de quatre ans. Il est aussitôt embauché au TiKi Village voisin, spécialisé dans les mariages polynésiens pour tou- ristes. Il y amène les mariés sur pirogue jusqu’à la plage et mène le groupe de danseurs. « Forcé- ment, on se fait remarquer pen- dant les 14 ans que cela a duré. Et on est venu me chercher pour tourner des films. » Quelques pubs et surtout de la figuration dans de longs métrages, où il joue le plus sou- vent un méchant sauvage à l’as- saut des Blancs. Jeune, dans Le Bounty avec Mel Gibson, puis, plus tard, auprès de Gérard Jugnot dans Les Faussaires ou dans Le Prince du Pacifique, avec Thierry Lhermitte, Patrick Timsit et Marie Trintignant. « Sur le tournage, nous étions tous amoureux de Marie, et quand elle est morte, en 2003, on a beaucoup pleuré sur Moorea.  » Heirami a trouvé la consolation, comme toujours, dans la mer. Aujourd’hui encore, il aime ame- ner des amis en kayak à la lisière de la barrière de corail, pour tra- quer lepoisson ou, mieux, chemi- ner dans le lagon à la recherche de bénitiers. Pas question de pré- lever de jeunes spécimens, afin de préserver la ressource, juste un seul bénitier adulte qu’il pré- parera au barbecue avec la noix de coco qu’il sera allé chercher au haut de l’arbre surplombant la plage. « Et demain sera un autre jour sur Moorea » , sourit Heirami. Propos recueillis par Yves pouchard En haut, à gauche : joueur de ukulélé. En bas, à droite : Tuamotu.

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