Salaün Magazine 14

DES TOMBES BAVARDES ET EXUBÉRANTES Il est rare d’arborer pour une ville la visite de son cimetière comme incontournable. À Milan, le CimiteroMonumentale ne peut être exclu d’une découverte étonnante de la cité. Sur 25 hectares à partir de 1866, c’est là que les grandes familles milanaises ont enterré leurs proches dans une concurrence exacerbée à la démesure et au prestige. Faire plus grand, plus original, plus larmoyant, plus moderne que les autres, fut une obsession des notables locaux jusqu’à ces dernières années. Le lieu se parcourt plan enmain au gré d’allées tortueuses où le bon goût flirte avec le kitsch, lem’as- tu-vu, le créatif, le religieux introverti ou le provocateur. Tous stylesmêlés. Là une veuve semblant mourir sur la dalle de son défunt, ici une vitrine façon boutique demode, ailleurs des copies du tombeau de Napoléon aux Invalides, plus loin des imitations de temples égyptiens ou aztèques, puis voici un soldat réaliste dans la position de son corps dans une tranchée de fin octobre 1918... Chaque famille affiche le nomde l’architecte et du sculpteur sur son monument pour montrer combien il lui en a coûté. Tant d’exubérancemortuaire ferait presque sourire si, au final, tout cela n’avait pas un vrai charme. Jusqu’au tombeau parmi les plusmodestes, celui de la star des lieux, Arturo Toscanini. Total respect. En démesure, la reproduction en 3D et en pierre du tableau La Cène de Léonard de Vinci sur une des plus grandes sépultures attire forcément le visiteur. Il faut dire qu’elle est au plus près des toilettes. Les cimetières doivent aussi penser aux vivants !

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