Salaün Mag 9
Salaün Magazine | Page 97 culture sans frontière | prague avec ses formes tourmentées, expression d’inquiétude, se trouve face à Ferdinand Maximilien Brokoff (1688-1731), artiste de la piété en extase et des angelots joufflus. Ils sont restés tous deux indissociables du baroque pragois, dont une des expressions prend place sur le mythique pont Charles. Voulu par Charles IV, le grand souverain de Bohême, ce pont de pierre vient en remplacement au xiv e siècle, du pont Judith de bois emporté par une des fréquentes crues dévastatrices de la Vltava. À partir du xvii e , chacun de ses piliers sera sur- monté d’une statue ou groupe de statues de pur style baroque ,pour offrir aujourd’hui une allée piétonnière de 30 œuvres, en majorité de Braun, Brokoff et leurs disciples. La plupart sont des copies, les originaux, trop précieux, ayant rejoint le musée national. La plus ancienne, Saint-Jean-Népomucène, datée de 1683, rayonne par son auréole d’étoiles. “Ce chemi- nement entre la vieille ville et le petit côté se voulait alors une affirmation accablante de la suprématie catholique, résume Katerina. Et donc le pont Charles, avec sa tour gothique côté vieille ville et sa statue de Charles IV, seul passage sur la Vlta- va jusqu’en 1741, ouvrait une voie royale vers le château, siège du pouvoir.” Une voie de 516m de long et 10m de large aujourd’hui fréquentée par des visiteurs pacifiques et ébahis du monde entier. et enfin la rivière Saint-Nicolas de Mala Strana est un tourbillon d’ornemen- tations voulu par les Jésuites. Pas un espace sans peinture, sculpture, gravure, balcon, trompe-l’œil, plus dorés et colorés les uns que les autres. De longues heures à regarder en tous sens ne suffiraient pas à saisir tous les détails et messages de ce baroque flamboyant. Pour beaucoup, il s’agit du plus joli bâtiment baroque de Bohême et d’Europe centrale. Les nombreux concerts qui s’y tiennent, comme dans d’innom- brables édifices de Prague, sont parmi les plus courus pour l’acoustique bien sûr mais surtout pour ce décor qui ne peut laisser indifférent. À la sortie, le soleil pragois éblouit à son tour : c’est décidément une tradition locale ! Katerina ne nous a pas menti. Le baroque explose partout dans ce quar- tier. Jusqu’aux façades des ambassades, celle de France, plus sobre alors que les porches de celles de Roumanie et d’Italie, presque face à face dans la rue qui monte vers le château, ri- valisent d’expression. Les aigles géants menaçant de chaque bord de l’entrée en Italie frappent les esprits comme ils durent le faire à l’époque du palais construit là. La longue montée de la rue s’effectue aisément et sans y prendre garde, trop accaparés que nous sommes à scruter les façades et jeter un regard dans les échoppes. Insensible- ment, des vignes et jardins apparaissent derrière des murets. À gauche : l’église St-Nicolas des Hussites vue depuis la tour de l’horloge astronomique. À droite : la tour de l’horloge astronomique.
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