Salaün Mag 9
Salaün Magazine | Page 74 Eltsine, originaire d’un village environnant, y fut étudiant et chef de la section régionale du Parti. C’est lui qui signa la l’arrêt de mort de l’Union soviétique en s’opposant aux géné- raux de Gorbatchev en 1991. Attablés autour d’un café en compagnie d’Alexeï, un Russe, ancien guide sur le Transsibérien, qui tient deux cafétérias en ville, nous évoquons le destin de cette ville qui ne dispose pas des artifices de Moscou ou Saint-Pétersbourg pour s’inventer une modernité tapageuse. Ici, l’histoire de la Russie se lit sur les visages, les immeubles fatigués, la tour de télévision à la mode soviétique, jamais achevée. Le présent se trouve plu- tôt du côté de ces jeunes danseurs en costume traditionnel qui, à deux pas de l’Isset, nous invitent à partager leurs qua- drilles. Une Russie d’aujourd’hui, qui vit à un rythme modéré et renoue avec le temps de l’avant-communisme. Manquent cependant à ce tableau presque enchanteur de fin d’après- midi des figures pourtant associées à la Russie profonde, ces retraités un peu usés qu’on voyait jadis à tous les coins de rue. “Ce n’est plus leur ville, ce n’est plus leur temps, nous explique avec émotionMaïa, notre guide. Ils ne comprennent pas les valeurs des gens d’aujourd’hui et ne sortent plus beau- coup de chez eux”. Il nous aurait fallu plus de temps pour découvrir le musée des Minéraux et surtout celui du Chemin de fer, installé dans l’une des deux gares désaffectées. La gare du Transsibérien d’aujourd’hui déborde quant à elle de vitalité. Le train s’ébroue. Nous entrons en Sibérie occidentale, l’Europe est derrière nous. Autour de nous les voyageurs ont trouvé leur rythme de croi- sière. On échange quelques mots à la sortie de son comparti- ment, on parle des prochains arrêts. On s’amuse aussi à se de- mander l’heure car le train franchit allègrement les fuseaux horaires. Entre Moscou et Irkoutsk, nous devrons changer d’heure cinq fois ! Comment savoir quand se fait le change- ment, alors que l’on est sans cesse enmouvement ? Chacun se perd en conjectures au point d’en perdre la boussole. De jour comme de nuit, on devine l’approche d’une nouvelle gare à l’effervescence qui gagne le wagon. Les pronostics vont bon train quand au temps d’arrêt. Nos voisins allemands sont prêts à bondir. Une fois les portes ouvertes, une course contre la montre s’engage. Les uns se précipitent vers les kiosques ou les commerçants qui longent les quais. Une dame au vi- sage marqué propose des poissons fumés, sa concurrente des beignets à la viande. Fourrures et chapkas font aussi par- tie des incontournables. Les autres traversent en courant les couloirs couverts de marbre et de fresques des grandes gares transsibériennes. Les agents de sécurité ne semblent aucunement surpris par ces hordes hilares. L’objectif est de sortir photographier le nom des gares traversées à défaut de pouvoir découvrir toutes les villes. On se prend au jeu et les lettres qui forment les mots Omsk ou Novossibirsk, “la cathé- drale du Transsibérien”, sur mon capteur d’appareil photo, me donnent le frisson. Nous sommes en Sibérie, non loin des anciens grands goulags et des épopées ferroviaires qui ont inspiré ce voyage. En prenant quelques photos de la gare de Krasnoïarsk, à 4098 km de Moscou, tard dans la nuit, je réa-
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