Salaün Mag 8

Salaün Magazine | Page 81 REPORTAGE | Les îles Lofoten abîmés seront éliminés. Les autres, à la belle chair blanche, seront sélectionnés en différentes qualités. Il y en a même 14 différentes. Emballées dans des sacs de jute, les plus prestigieuses sont exportées sur le marché italien, tandis qu’en bout de chaîne, les têtes de morues, qui sèchent encore sur les claies en été, rejoindront le Nigéria. Les sous-produits sont aussi travaillés : farine, foies, dont on fait de l’huile, ou encore rogue, ces œufs des femelles que les vieux pêcheurs bretons connaissent bien. «À la grande époque de la pêche à la sardine, à Douarnenez, elles étaient livrées en barils par les armateurs norvégiens, et les pêcheurs les utilisaient comme appâts », raconte Tone Rothe Le Grand, guide pour touristes en Norvège, qui vit la moitié de son temps dans l’ancienne cité penn sardin bretonne depuis de nombreuses années. La route touristique E10 Allez ! On quitte le poisson mais pas son milieu naturel, cette eau qui, partout, sur l’archipel, empiète sur la terre ferme, entre fjords, lacs, chenaux et bras de mer. Joyau en soi, la route touristique E10 serpente et ondule du sud au nord de l’archipel, en offrant une succession de routes, ponts, voire pontets, tunnels et zigzags, à quelques mètres de la mer, révélant des vues splendides. À l’image de cette arrivée sur Henningsvær, que certains appellent la Venise des Lofoten. Entourée d’un chapelet d’îlots, ce village de 500 habitants a beau être une place forte du tourisme, il reste le miroir encore bien vivant de cette vie portuaire que l’on retrouve un peu partout aux Lofoten : présence de chalutiers, maisons de pêcheurs sur pilotis, culture de la morue séchée. En se baladant sur les quais colorés du port, on peut encore admirer le travail des marins-pêcheurs, et imaginer l’agitation d’antan, à l’époque des grandes pêcheries des Lofoten, lorsque plus de 6000 pêcheurs y vivaient de janvier à avril. Autre étape incontournable : Reine, charmant petit port de plaisance protégé de part en part par des montagnes de toute beauté, et désigné régulièrement par les Norvégiens eux-mêmes comme le plus beau village du royaume. Difficile à démentir lorsqu’à la sortie d’un tunnel, surgit de la route la vision de ces rorbuer aux couleurs étincelantes (dont certains sont coiffés d’un toit herbeux) se mirant dans les eaux turquoise du Kirkefjord. Ici, les plus courageux décideront de gravir le Reinebringen, sommet de 450 m qui offre un panorama grandiose sur la commune lovée au milieu d’un superbe cirque de montagnes. Dans ce cadre idyllique, tout est fait pour garder le touriste, avec de multiples propositions, dont les balades en kayak de mer, qui permettent aux participants de s’offrir une excursion dans l’onde paisible du fjord, jusqu’à Hamnøy, minuscule port de pêche au charme incomparable, avec en prime sa boutique, où l’on peut déguster de la morue séchée, des hamburgers au poisson (succulents !) ou à la viande de baleine. Les Vesterålen, Thalassa grandeur nature Cinquième jour, déjà. On n’a pas vu le temps passer, alors que se présente la courte traversée en ferry entre Fiskebøl et Melbu. Au revoir le mur abrupt des Lofoten, bonjour les formes douces et arrondies des Vesterålen. Nous voici donc plus au nord, dans cet archipel voisin moins prisé des touristes mais au caractère tout aussi sauvage. En témoigne cette apparition furtive d’un renne devant notre pare-chocs à l’entrée d’un virage. Nous arrivons à Stokmarknes, qui abrite le musée de l’Hurtigruten, l’express côtier de Norvège. Le temps de poser nos va- lises, nous mettons cap plein nord, pour visiter Nyksund, sur l’île d’Andoya. Ce petit village perdu est niché au bout d’une piste qui serpente entre les fjords peuplés de fermes à saumons. Ici, pas de béton, et bien peu d’infrastructures hôtelières. Malgré les quelques touristes qui visitent la localité à la belle saison, Nyksund reste une oasis de paix et de tranquillité. On retrouve la route qui conduit à An- denes, tout en haut des Versterålen. Cette bourgade de 2700 habitants étale ses rangées de maisons contemporaines, toutes colorées différemment, en front de AU REVOIR LE MUR ABRUPT DES LOFOTEN, BONJOUR LES FORMES DOUCES ET ARRONDIES DES VESTERÅLEN. Le Village d’Henningsvær

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