Salaün Mag 8

Salaün Magazine | Page 19 du caillou le plus célèbre du monde est interrompue. Sur ordre du comman- dant, nous devons regagner au plus vite le paquebot. Le temps continue de se dégrader et, en quelques minutes, le mouillage peut devenir intenable et les transbordements dangereux. Trente minutes plus tard, nous nous re- trouvons dans la chaleur de la salle de restaurant, devant un petit-déjeuner à la hauteur d’un appétit de cap-hornier. Car la journée n’est pas finie. L’après- midi nous réserve une des plus belles surprises de cette croisière au bord de la terre : la découverte de la baie de Wu- laia, sur l’île de Navarino. On a coutume de dire que l’enfer n’est jamais loin du paradis. C’est le cas aujourd’hui. Dis- tante de moins de 150 km du diabolique cap Horn, la baie de Wulaia apparaît comme un petit éden, avec une végéta- tion étonnamment dense et variée, des mouillages bien abrités… Un petit golfe du Morbihan qui aurait oublié l’été. À la suite de nombreux autres navi- gateurs, Robert FitzRoy sut profiter du calme rassurant de ce havre pour marins en quête de repos. Nous repartons sur ses traces et celles de Charles Darwin. La compagnie Australis a intelligem- ment aménagé l’accueil en cet endroit. Des chemins balisés, un petit musée, un étiquetage discret des plantes du pays facilitent la découverte de cet endroit attachant. Au moment de remonter dans les Zodiac, nos précieux barmen nous attendent à nouveau, derrière un comptoir de for- tune, avec quelques boissons réconfor- tantes. La croisière abuse ! FitzRoy, en son temps, n’avait pas eu le droit à de tels égards. Les indiens Yagan – des pêcheurs plutôt pacifiques, par ailleurs – appréciaient assez peu ces intrusions étrangères qui leur laissaient, à chaque fois, de mauvais souvenirs. Les relations étaient parfois tendues. L’his- toire a retenu l’extermination quasi to- tale de l’équipage d’un navire américain, armé par des missionnaires américains. FitzRoy s’en était, quant à lui, plutôt bien sorti, ne perdant dans l’aventure qu’une simple baleinière. Lors de sa pre- mière expédition, intrigué par ce peuple qui vivait nu dans ces terres glaciales, sous la simple protection d’une couche d’huile de baleine ou de phoque, il réus- sit à embarquer et à ramener à Londres quatre indigènes. L’un d’entre eux – Jemmy Button – devint célèbre en An- gleterre, avant d’être ramené sur sa terre natale par FitzRoy lui-même, lors de sa deuxième expédition en compagnie de Charles Darwin. Jemmy Button reprit bien vite ses habitudes ancestrales et devint une sorte de chef de tribu connu de tous les explorateurs, auxquels il ser- vait d’interprète. On dit que cette expérience changea le regard que FitzRoy portait sur ces tribus indigènes de Patagonie, que la fréquen- tation forcée des colons et missionnaires venus d’Europe finit par détruire. « Ces hommes », comme les baptisa l’écrivain français Jean Raspail dans un superbe roman (1) . De retour sur le Stella Australis , nous avons juste le temps de nous préparer pour la dernière soirée à bord, avec un brin de nostalgie. Au bar, les verres des nouvelles ami- tiés se succèdent, tandis qu’en bas, au restaurant, on met déjà les petits plats dans les grands. Ce dîner sera le cou- ronnement de quatre jours d’une gas- tronomie conviviale et de qualité. Pour le déjeuner, des buffets variés et plan- tureux ; pour le dîner, des menus servis à table et toujours harmonieusement composés autour d’un plat choisi entre viande et poisson… Au fil des milles, les convives avaient appris à se connaître et DISTANTE DE MOINS DE 150 KM DU DIABOLIQUE CAP HORN, LA BAIE DE WULAIA APPARAÎT COMME UN PETIT ÉDEN, AVEC UNE VÉGÉTATION ÉTONNAMMENT DENSE ET VARIÉE, DES MOUILLAGES BIEN ABRITÉS … REPORTAGE | Argentine

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