Salaün Mag 6
Salaün Magazine | Page 55 la ville. C’est un vrai marché asiatique, débordant de victuailles, bruyant, chaleu- reux. On y débite la viande à grands coups de hache, on y assomme des poissons qui se tortillent dans de grandes bassines. Les petits maraichers des environs y vendent des légumes inconnus et des herbes par- fumées, les feux de bois éclairent la nuit, l’huile crépite dans les woks… Sapa n’a pas sommeil. Mais l’intérêt essentiel de Sapa, c’est d’être une base idéale de départ pour partir à la découverte des villages disséminés dans les montagnes environnantes. Dans la vallée de Muong Hoa, par exemple, les paysages sont à couper le souffle. Les rizières grimpent, de terrasses en terrasses, jusqu’au sommet des collines, dans une savante et laborieuse organisation. C’est le royaume des Hmongs noirs et des Zay. Dans leurs villages, où ils vendent leurs bijoux et leurs broderies, ils semblent se contenter de vivre du tourisme, mais ces rizières sont là pour prouver qu’ils n’ont pas perdu leur culture paysanne et qu’ils travaillent dur pour faire pousser du riz entre des rochers. Après une nuit à Sapa, nous prenons la direction de Phong Tho, qui sera notre ville- étape sur la longue route qui doit nous conduire à Dien Bien Phu. Une longue route qui traverse les massifs montagneux les plus élevés du Vietnam – dont le mont Sansipan qui culmine à 3143 m - creusés par de pro- fondes vallées et couverts d’une végétation luxuriante. De temps à autre, nous nous arrêtons dans un petit village qui attend paisiblement le touriste qui se fait de plus en plus rare au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la montagne. Après Phong Tho, la route devient vraiment difficile. Elle surplombe la vallée du Song Da, le Fleuve noir, et peine à s’accrocher à des pentes vertigineuses. De gigantesques travaux tentent de la consolider et il faut parfois s’arrêter pour laisser passer des engins ou attendre qu’un tir de mines soit terminé. Cette région du nord-ouest du Vietnam est vraiment extraordinaire. Même si elle est partiellement sortie de son isolement, elle reste, par son caractère montagneux et sa végétation extraordinaire, une zone à part dans le Vietnam moderne. Et les Dzao, les Hmongs noirs, les Hmongs fleurs et autres ethnies y protègent encore, dans une grande précarité, leurs traditions étonnantes. Et donnent à cette nature sauvage une âme. Une famille de Hmong rouges. Dans les villages autour de Sapa, le tourisme n’a pas détruit les modes de vie ancestraux des petits peuples de la montagne.
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