Salaün Mag 5
Salaün Magazine | Page 86 Aujourd’hui, nous sommes vraiment entrés dans le vif du sujet : 300 kilomètres pour rejoindre Hovd, une ville de 90 000 habitants, dans le sud-est d’Olgii, à la limite de la zone d’influence kazakh. 300 kilomètres qui nous ont donné une idée de ce que sera notre semaine en Mongolie. On est vraiment sur de la piste, avec des rivières à franchir, des voies se- condaires qu’il faut savoir choisir pour éviter la route officielle complète- ment défoncée ou obstruée par des travaux. Mais l’inconfort, la peur de la casse ou de la crevaison – Boris a donné le coup d’envoi en la matière – sont largement compensées par la beauté des paysages et des ciels et par le spectacle qu’offre une route qui traverse un pays que l’on croit désertique. On y croise les bergers et leurs troupeaux ; des chameaux hargneux ; des camionneurs aux nerfs d’acier au volant de camions épui- sés ; des ouvriers sur des chantiers qui semblent ne jamais avoir de fin ; des petits villages de yourtes ; des minibus surchargés qui mettent plus de 70 heures, en roulant jour et nuit, à parcourir les 1600 kilomètres qui séparent Ulan-Bator de Olgii… Et puis en cette veille d’élections législatives – en Mongolie aussi ! – la steppe est parcourue par les cara- vanes de différents candidats, qui viennent là récupérer quelques voix éparses et tiennent meeting au milieu des chevaux et des vaches devant un public venu des yourtes voisines… On peut vraiment parler de candi- dats en campagne ! Et partout, cette même gentillesse. On nous salue, les enfants courent vers nous… Les sourires sont sur tous les visages. Le soir, nous sommes hébergés dans un camp de yourtes, aménagées pour accueillir les voyageurs et les touristes, à quelques kilomètres de Hovd. L’ensemble est rustique – deux heures d’électricité par jour – mais les yourtes sont coquettes et l’accueil de la famille qui a imaginé cette activité, très sympathique. Seul le lit s’est montré peu accueillant pour nos dos déjà soumis à rude épreuve ! Un peu moins de 450 kilomètres aujourd’hui, 600 le lendemain…Ces étapes nous rappellent que la Mon- golie est immense. Celle d’aujourd’hui, qui nous a conduits jusqu’à Altai, nous a rappelé que ce pays n’était pas un paradis pour berger épris de liberté. Perdue dans ses paysages grandioses, mise lumière par un ciel caractériel qui semble tout à tour la dominer et la sublimer, la Mongolie sait aussi se montrer austère, âpre. Au fur et à mesure que nous descendions vers Altay, les pâturages qui verdissent le fond des plateaux, se nourrissant de rivières et de lacs, se font plus rares, laissant la place à un désert de pierres, dans lesquelles les yourtes perdent leur superbe isolement et se blottissent autour de maisons basses serrées derrière des murs montés de pierres sèches. La piste est tout simplement épouvantable et dangereuse. Des saignées invisibles, creusées par des pluies d’orage, la coupent quand on s’y attend le moins. La piste sous l’orage La voiture y plonge et en ressort en faisant des bonds de chèvres en chaleur. On croise les bus qui viennent d’Ulan-Bator. Dans un restaurant minimaliste, nous avons rencontré des jeunes passagers de l’une de ces diligences d’autrefois. Ils profitaient d’une halte pour boire un thé. Ils avaient quitté Ulan-Bator vendredi après-midi et espéraient arriver à Oglii lundi en fin de matinée. Peut-être même un peu avant… On se range toujours et encore sur le bord de la piste pour laisser passer ces camions qui négocient au pas les plus mauvais passages, dans le grince- ment de leurs amortisseurs. Une quarantaine de kilomètres avant Altai, nous sommes pris dans un orage impressionnant. Il planait au-dessus de nous depuis plusieurs heures, accroché à sa montagne. En quelques se- condes le thermomètre a perdu 16° et la poussière s’est transformée en gadoue. On ne sait pas ce qui est le mieux. Ou le pire. L’arrivée sur Altai a donc été un peu triste. La ville ne s’offrait pas sous son meilleur jour. Si l’on peut dire. Car on se demande s’il lui arrive d’offrir un bon jour. Elle est triste, négligée. Et en ce dimanche soir, où la seule distraction semble être le karaoké, l’ennui transpire dans les rues. Des mesures de police ont interdit l’alcool dans plusieurs bars, restaurants et hôtels de la ville. Ce soir, le spectacle de la rue montrait que l’efficacité de cette pro- hibition n’était pas évidente. On n’a pas envie de traîner le soir à Altai. 1 2 3 5 6 Extrait du carnet de route >>>>> >>>>> >>>>> >>>>> 16-18 juin. Mongolie. Agatch-Olgii-Hovd AltaY
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