Salaün Mag 5
Salaün Magazine | Page 57 En route vers l’ouest, par l’autoroute A4. Il faut bien admettre que les codes auto- routiers sont un peu plus souples que dans nos contrées. Les demi-tours sur le terre-plein central ne sont pas rares et la chaussée est largement partagée avec les piétons, les cyclistes et parfois quelques charrettes tirées par des chevaux. Le transport interurbain est encore un réel problème sur l’île. On s’en rend compte à la longueur des files d’attentes. Un homme ou une femme vêtue de jaune – on l’appelle « l’amarillo » – se poste à chaque arrêt afin de faire monter les gens et maintenir une certaine discipline. Mal- gré cela, beaucoup restent à quai et ceux qui parviennent à se hisser à l’intérieur du bus sont entassés comme du bétail. Chaque personne possédant un véhicule, camion, voiture, charrette est susceptible d’en faire un usage professionnel. Sur le bord de la route, les auto-stoppeurs sont légion, hélant les voitures en tenant du bout des doigts un billet de dix pesos. Plus on s’éloigne de la Havane, plus les immenses pancartes de propagande ponctuent le paysage, avec des messages politiques simples et percutants, sur fond d’image du Che, de Fidel Castro ou de son frère Raul, qui l’a remplacé à la présidence en 2008. Peu avant Pinard el Rio, une route sinueuse s’échappe vers le nord en ser- pentant entre les collines et rejoint la vallée de Vinales. A quelques kilomètres du village, depuis le mirador de l’hôtel Los Jasmines, un paysage grandiose s’offre au regard : les Mogotes. Adossés à la cordillère de Guaniguanico, entourant comme des sentinelles les vastes plan- tations de tabac et les palmiers royaux, ces excroissances calcaires recouvertes de végétation résultent d’une lente érosion de la roche par les eaux. Classées au patrimoine naturel de l’Humanité, les plus élevées atteignent quatre cent mètres de haut. Vinales est un petit bourg de cinq mille habitants, résolument tourné vers le tourisme, avec sa longue rue principale aux maisons colorées à colonnades joli- ment rénovées. La région offre de belles possibilités de randonnées et le nombre de « casas particulares » destinées à l’héber- gement des touristes a été multiplié ces dernières années. Fumeurs de havane Au détour d’un virage, nous repérons un vieux séchoir à tabac au toit de palme, qui jouxte une petite maison rose perchée sur la colline. Un petit bout de femme en sort. Avec un grand sourire, elle propose de nous faire visiter son séchoir. Marybel est volubile et insiste pour nous offrir le café chez elle. La maison de plain pied est toute simple, avec quelques pièces en enfilade, une cuisine rustique, et, sous une terrasse couverte, les deux fauteuils à bascule en bois qu’on retrouve dans chaque habitation de la région. « On est arrivé avec mon mari il y a cinq ans. Au début, c’était difficile, on n’avait pas l’électricité. Ils l’ont installé il y a trois ans. Ca nous a changé la vie, surtout avec les enfants ». Elle tient à nous montrer ses arbres fruitiers, ses poules, son cochon. Elle propose même d’appeler son mari qui est parti faire sécher du tabac. Son rêve est de moderniser la maison et d’offrir à terme une ou deux chambres à la location. La culture du tabac représente une part très importante des exportations cubaines. La qualité des graines et des sols, ainsi que les années d’expérience, tant pour la culture que pour la fabrication du cigare lui ont donné une renommé internatio- nale. Le tabac criollo est cultivé en plein air, contrairement au corojo, qui pousse sous serre ; c’est lui qui donnera les meilleures feuilles, celles utilisées pour la cape du cigare. Ancré profondément dans la culture nationale, le tabac est aussi source d’ins- piration pour de nombreux artistes. Le peintre Milton Bernal utilise des feuilles de tabac pour recouvrir certaines parties de ses toiles. Une fois sec, le tabac est incrusté dans le papier. Il peint alors par dessus pour finaliser son œuvre. A droite, la vallée des Mogotes entoure les plantations de tabac. Ci-dessus, une « casa del tabaco », maison au toit de palme dans laquelle les feuilles sont mises à sécher pendant vingt-cinq jours. Ci-contre, dans la rue principale de Vinales se succèdent des petites maisons colorées que les habitants louent aux touristes. En bas l’artiste peintre Milton Bernal
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