Salaün Mag 5
Salaün Magazine | Page 23 la cour de fermes habitées par plusieurs familles et d’où s’échappent des volées de gamins aux sourires charmeurs au premier arrêt d’un véhicule. Il n’est pas rare de voir les Indiens préparer le pain du jour sur des poêles à même le sol et accomplir des gestes disparus depuis longtemps en Europe. Au fil de l’itinéraire les images s’entrechoquent : enfants pieds nus dans la poussière, sadhus aux yeux écarquillés et à la barbe longue vivant de mendicité le long des routes: pour beaucoup de voyageurs, l’impression de dénuement prédomine. Nombre d’Indiens réfutent pourtant cette idée. Pour eux, il ne faut surtout pas se fier aux apparences vestimentaires et au mode de vie. « Il ne s’agit pas de misère, explique Arun Seth. Ce pays est composé de sociétés parallèles. Dans chacune d’elle, on s’organise selon son revenu et sonmode de vie. Chacun peut par exemple trouver facilement un moyen de faire la route de Jaipur à Delhi. Contrairement à l’occident, où certains ne pourront se payer le billet de train, en Inde, chacun trouvera un moyen à sa mesure, qui va du rickshaw bondé pour les plus démunis, à l’avion ou véhicule de luxe. Chacun peut faire le trajet et, plus largement, vivre sa vie. » On dit que l’influence de l’hindouisme et notamment la croyance en la réincarna- tion explique une certaine acceptation des inégalités et du système de castes par la population indienne. Les Indiens font en tout cas partie des peuples qui dégagent une réelle joie de vivre malgré les difficultés du quotidien. Ils l’expriment par exemple à travers de nombreuses fêtes religieuses. Lors de notre passage, les Hindous célébraient Navrati, une fête qui dure neuf nuits et dix jours en l’honneur de la déesse mère. Après plusieurs journées de jeûne, la fête culmine avec Dussehra, la victoire du dixième jour, celle du dieu Rama triomphant du démon Ravana. Selon l’épopée relatée dans le Ramayana, l’un des écrits fondateurs de la mythologie hindou, Sita, l’épouse du prince Rama a été enlevée par Ravana le démon à dix têtes. A la fin d’une longue quête, Rama, aidé du roi des singes, tue Ravana et délivre sa bien-aimée. La fête de Dusseerah est particulièrement célébrée dans le nord de l’Inde par de nombreuses troupes de théâtre amateur qui jouent des parties du texte chaque soir jusqu’au jour de Dusserah où ils brûlent d’immenses effigies du démon. Parmi les autres festivités qui ravissent le visiteur, on peut citer Holi, la fête des couleurs, par laquelle les Indiens célèbrent l’arrivée du printemps en s’aspergeant d’eau et de poudres colorées. Le dépaysement provo- qué par un voyage en Inde est tel que long- temps après le retour, les bouillonnantes ruelles de Delhi, les masques colorés de Ravana, le son des cithares et tablas, le parfum des dahls de lentilles, de currys d’agneau, le regard appuyé des Indiens restent gravés dans la mémoire. Tout comme celui de cet écolier haut comme trois pommes du village d’Achrol. Au terme d’une visite de sa classe et d’un tour du village, comme ses copains, il rivalisait de sourires et de gestes pour me garder encore un peu au milieu de leur petit groupe. Au moment où je parvins finalement à les saluer et prendre de la distance, ce petit bonhomme trouva soudain la tendre astuce qui me ferait me retourner une dernière fois : le regard brillant, s’appliquant à bien articu- ler les trois syllabes il me lança un adorable Kenavo, « l’au-revoir breton », que j’avais enseigné à sa classe une heure plus tôt. S’il s’agissait de faire entrer toute l’Inde dans dans un seul regard, dans une seule voix, je retiendrai celle de ce gamin d’Achrol. Kenavo mignon. Découvrez les circuits Inde du Nord proposés par Salaün Holidays dans les pages de notre catalogue disponible gratuitement dans vos agences. Pressage de l’huile de colza à Mandawa, dans la région de Shekawati. « Ce pays est composé de sociétés parallèles. Dans chacune d’elle, on s’organise selon son revenu et son mode de vie ».
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