Salaün Mag 5
Salaün Magazine | Page 21 voyage acquitté par les touristes qui visitent l’Inde, l’école d’Achroll béné- ficie de moyens supplémentaires pour se développer. Les visiteurs, qui parti- cipent ainsi à une action de solidarité, sont accueillis chez Arun Seith, un Indien marié à une française, qui a installé une petite résidence hotelière à deux pas des maisons de terre du village d’Achrol. Tout en séjournant dans de confortables bun- galows ou tentes de luxe, les visiteurs peuvent se promener au village et ren- contrer ses habitants. « Cette opération est formidable, explique Arun Seth. Au départ, les villageois étaient très fer- més, osaient à peine regarder les étran- gers. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’ils invitent les touristes à prendre le thé, ils ont compris qu’il y a un monde au- delà de leur village, au-delà de l’Inde. C’est très important pour les enfants. Après la première école, nous projetons actuellement de construire un autre éta- blissement pour former les plus grands, notamment aux langues étrangères. Nous réfléchissons aussi à la création d’un dispensaire pour permettre à tous d’avoir accès aux soins sans quitter le village ». La route, une destination en soi En Inde, la route est une aventure. Non que les routes de l’Inde du Nord soient de mauvaise qualité, d’immenses progrès ont été faits sur ce plan, mais bien davantage par le spectacle qu’elles offrent au voya- geur. La conduite indienne est un mystère qui vous fait tout autant hurler de peur que de rire. « Pour survivre dans la circulation indienne, il faut trois choses » fanfaronne notre chauffeur en maintenant sa main droite appuyée sur le klaxon en perma- nence. «De bons freins, un bon klaxon et une bonne chance ». A l’arrière de chaque camion, la mention Blow horn invite les automobilistes à klaxonner. «C’est pour réveiller les chauffeurs, car ils roulent pendant des heures » m’explique un Indien le plus sérieusement du monde. Impossible en tout cas de ne pas se faire surprendre par les dépassements inopinés de votre voiture, talonnée par trois ou quatre véhicules poussiéreux alors qu’un vieux car de ligne TATA fonce vers vous, en dépassant lui aussi un attelage tiré par un chameau ou un âne. Les Indiens aiment décrire la conduite comme un grand jeu vidéo. Malgré les coups de freins et la vision angoissante de trois ou quatre véhicules se disputant la chaussée sur une même ligne, tous retrouvent à chaque fois leur place dans la poussière et un concert ininterrompu de klaxons. Jamais une voix ne s’élève, la survie d’un piéton, d’une vache ou d’un conducteur de rickshaw ne tient qu’à un échange de regard, une négociation ultime, fascinante mais incompréhensible pour le conducteur occidental. Chaque carrefour, chaque village traversé annonce un capharnaüm de marchands, de garagistes, ferronniers, artisans en tout genre ayant pignon sur des chaussées défoncées où circule une foule surgie d’on ne sait où et qui semble avoir pour but principal d’occuper l’épicentre du village. Il suffit de s’arrêter boire un tchaï, le thé au lait national, dans une gargote de bord de route pour profiter du show offert par la chaussée indienne. Du spectacle, toujours, lorsqu’on aperçoit au détour d’un virage, un attroupement de villageois assistant à un numéro de funam- bule, donné par une enfant rom. Les Roms sont ici dans leur berceau originel, l’Inde du Nord. A l’origine hors-caste, les nomades de l’Inde, dont on aperçoit souvent les petites huttes de pailles montées à la périphérie des villages, sont en effet linguis- tiquement et génétiquement liés aux Roms qui ont quitté l’Inde pendant le haut moyen- âge, pour se diriger vers la Perse et l’Europe. En Inde du Nord, l’arrivée dans une ville n’est le plus souvent qu’une intensification des éléments déjà présents sur un trajet à travers la campagne. On cherchera en vain les repères de l’urbanité occidentale. Même au cœur d’une ville de deux millions d’habi- tants comme Agra, on croise des vaches en liberté qui se nourrissent du tout venant, avant de rentrer d’elles-mêmes au bercail chaque soir. A première vue, leur maigreur ne laisse pas supposer qu’elles soient à ce point sacrées. Leur abattage peut pourtant encore provoquer des émeutes dans les régions les plus reculées du pays. Un pays rural Même dans le tumulte de ses villes et métropoles, l’Inde ne peut dissimuler qu’elle reste un pays profondément rural où l’on vit encore largement au rythme de la nature et des gestes traditionnels. Des bouses de vache servant de combustible sèchent dans Jaisalmer. la cité dorée, perdue dans les immensités du désert du Thar. Erigée à partir du xii e siècle sur une éminence rocheuse.
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