Salaün Mag 11

dossier spécial | afrique Salaün Magazine | Page 42 rythment l’existence et sont au-delà. Les cérémonies ne sont pas des spectacles : on se laisse aller à l’envoûtement magique quand les tambours appellent les esprits qui vous emmèneront dans votre propre ailleurs… Laissez-vous rêver. Reprenons le chemin sur la bande de goudron qui déchire la terre rouge, cette latérite qui donne sa couleur au ciel quand le jour s’abîme à l’horizon. La route réserve des surprises, quand par exemple un troupeau d’éléphants traverse sans crier gare… Moment magique d’un instant sauvage. En pirogue, sur l’un des fleuvesmajestueux comme le Niger ou le Sénégal, c’est parfois un hippopotame qui offre son regard placide. On est loin du zoo, mais face à la beauté naturelle dumonde. Filer sur l’eau à la rame ou à la godille quand le soir s’annonce, voilà qui constitue sans aucun doute l’une des plus belles invitations à la rêverie… Au retour, une étape aumarché offre un bain de rires et de couleurs, des voix sonores et des odeurs de fruits, des senteurs de poisson séché près des fours où rôtissent chèvres et moutons. Mais lemeilleur qui flatte le palais, c’est le fameux poulet bicyclette, le poulet local sans guère de chair mais d’une grande saveur goûteuse. Pourquoi bicyclette ? On entend deux explications : il arrive au restaurant sur le porte-bagages d’un vélo ou bien il gambade dans la cour avec lesmouvements de jambes d’un cycliste, dont il a la cuisse fine et dure. Dans tous les cas, c’est excellent. La route file de village en village. L’art n’y est pas rare, comme à Tiébélé, un village aux confins du Burkina-Faso et du Ghana. Nous sommes en 1 600 autour des tombes royales. Les vivants et lesmorts encore sont là à se partager l’espace. Sur lesmurs, lézard, serpent, crocodile et maints autres esprits se lisent dans les signes simples qui disent l’infinie complexité des pensées. Sur lesmurs des cases, la géométrie des symboles racontemille histoires : les femmes entretiennent leur mémoire en enduisant lesmurs d’unmélange de boue et de bouse. Une dose de graphite permet de tracer des lignes noires, le kaolin permet lui le blanc : la pratique collective se fait sous l’œil d’une princesse âgée aumilieu d’une cour d’enfants rieurs. Nous sommes avant la saison des pluies : les femmes en profitent pour perpétuer Les grands fleuves, les animaux sauvages, le marché qui rythme ies vies locales et puis le village royal de Tiébélé don Omént les murs sont peints par les femmes depuis l’an 1600.

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