Salaün Mag 10
dossier spécial | russie Salaün Magazine | Page 38 transport des Moscovites. L’époque s’apprête en effet à entrer dans un des événements majeurs du xx e siècle et les prémices de la guerre se font déjà sentir. Aussi Staline a-t-il, dans le plus grand secret, décidé que le métro servirait de refuge pour la population moscovite sous les bombes allemandes et que sa réalisation permettrait, dans le même temps, de construire discrètement un certain nombre de bunkers. Parallèlement à la construction du métro, un réseau à part entière est donc édifié : « Métro 2 ». Ce réseau classé secret défense reste tou- jours fermé au public, et son existence est d’ailleurs contestée par le Kremlin. Car il ne s’agit, en réalité, ni plus ni moins que d’une vaste installation militaire reliant des bases militaires, bunkers et centres de commandement par des tunnels sous des terrains situés aux quatre coins de Moscou. Toujours dans le cadre de ces grands travaux de transforma- tion de la ville, Staline annonce, en 1933, l’édification d’un stade olympique de plus de 120 000 places, relié au métro, à Izmaïlovo, un district de Moscou situé à l’est du Koltso et dé- sormais connu pour son grand marché aux puces. La presse s’en fait alors l’écho en des termes pour le moins laconiques : «Afin d’assurer la tenue adaptée de compétitions sportives et athlétiques, un stade central de l’URSS va être construit dans la ville de Moscou ». Mais ce qu’ignore la population, c’est qu’en même temps que le chantier du stade voit le jour, débute, à quelques mètres sous terre, l’incroyable construc- tion d’une forteresse invisible dont on ne découvrira l’exis- tence que bien plus tard. Si les Allemands devaient prendre le Kremlin, Staline et son gouvernement emprunteraient «Métro 2 » jusqu’à cette installation. Plus qu’un bunker, c’est en réalité un véritable palais sou- terrain que Staline a connu sous cet aspect. Les chiffres sont vertigineux : 93 000 m² de surface, quatre niveaux de pro- fondeur qui s’étendent sous une colline adjacente au stade, et un réseau souterrain de routes directement reliées au Kremlin, situé à plus de 17 kilomètres. Chaque pièce a été pensée pour résister à l’épreuve des bombardements grâce à plusieurs épaisseurs de béton armé ; on y cache des armes, des vivres et même des chars – il se murmure que plus de 300 véhicules attendaient ici garés. La salle principale a été construite en rotonde et son dôme intègre une multitude de pots de terre vides afin d’optimiser l’acoustique de la pièce - détail qui n’en est pas un lorsque l’on sait que Staline avait une voix très faible et que ce procédé, caractéristique des églises russes, permettait de créer une réverbération ampli- fiée qui, au contraire des microphones, était indétectable par les outils de surveillance. un lieu imprégné d ’ histoire Aumilieu du décor, une immense table ronde où l’on imagine volontiers généraux et hauts dignitaires discuter tactique et politique, tout en veillant à ne jamais contredire l’homme de fer. Quelques mètres plus loin, après un petit escalier, se trouve le bureau de Staline. L’endroit est sans prétention et contraste avec la stature de son propriétaire. Sur une table de travail, trois anciens téléphones noirs trônent (l’un pour établir le contact avec le gouvernement, l’autre avec le quar- tier général des armées, le dernier avec le KGB), un cendrier En haut : une exposition des divers objets reliés à Staline et à son époque. En bas : un jeu de guerre aux allures d’échiquier offert par la Pologne à Staline.
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