salaun-mag-13

Salaün mag | Page 98 COCHINCHINE INDOCHINE C’est par la conquête de la Cochinchine, soit le delta du Mékong et Saigon, le bas du « S » que forme sur la carte le Vietnam, que débute l’aventure de l’Indochine française à l’instigation de Napoléon III en 1858. Le Cambodge, au nord du delta, tombe ensuite sous la domination de l’empereur. La III e République suivra lamême poli- tiquepourannexeràsontourleTonkin, (le haut du «S»), le Annam (le centre du « S »), puis le Laos et la province chinoise de Kouang-tcheou-wan. La France ne veut pas faire de l’Indo- chine une colonie de peuplement, à l’inverse de l’Algérie et d’autres pays d’Afrique,mais juste, si onpeut dire, un territoire d’exploitation. Il y aura donc finalement peu de Français à s’y ins- taller, hors des fonctionnaires admi- nistratifs, des enseignants et surtout des chefs d’entreprises accompa- gnés d’aventuriers divers. Caout- chouc extrait de l’hévéa, minerais, riz… rapportent gros à laMétropole. Moins d’un siècle plus tard, tout s’écroule suite au siège perdu de Diên Biên Phu, au nord du Vietnam, en 1954. On le sait, la guerre du Vietnam se poursuivra, contre les Américains cette fois, jusqu’en 1975. Cette année-là ne signifie pas pour autant la paix : les Khmers rouges, qui tyran- nisent alors le Cambodge, décident de s’approprier la Cochinchine pour étendre leur territoire au sud sur lamer. Les incursions meurtrières sont nom- breuses mais le Vietnam ne réagit pas, accaparé par la reconstruction de sa nation. En 1978, l’armée vietna- mienne franchit pourtant la frontière avec le Cambodge, renverse Pol Pot, le sanguinaire chef desKmers rouges, et occupera le pays durant dix ans. A son retrait, une vraie paix peut enfin régner sur le delta duMékong… il y a à peine 30 ans. & SAIGON , UN NOM POUR TOUJOURS Pour rejoindre le delta ou le quitter, Saigon, l’ancienne capi- tale de la Cochinchine, puis de l’Indochine française, est bien plus qu’une escale. Officiellement, la ville a été rebaptisée Hô Chi Minh-Ville en 1975 à l’issue de la guerre victorieuse du Nord, assisté des Chinois, contre le Sud, soutenu par les Américains, mais seuls quelques fonctionnaires et appa- ratchiks du parti au pouvoir utilisent cette appellation. La région a même gardé le nom de Saigon, comme dans le parler de la quasi-totalité des habitants, malgré les nouveaux noms donnés aux rues, places et édifices. Et les visiteurs étrangers ne s’y trompent pas. Pour beaucoup, la rue Dong Khoi sera toujours la rue Catinat qui menait d’un côté vers la cathédrale Notre-Dame de Saigon, construite en briques rouges importées de Toulouse, avec sur sa gauche la splendide Poste centrale à l’architecture métallique de Gustave Eiffel. Dans l’autre sens, voici l’hôtel Continental jouxtant l’Opéra, puis l’hôtel Majestic , des symboles de l’architecture colo- niale cossue qui, aujourd’hui, font toujours le charme de la cité. Tout comme l’Hôtel de ville à quelques encablures de là, auréolé la nuit d’un bel éclairage, face à la longue espla- nade dédiée à oncle Hô, Hô Chi Minh. La photo au pied de sa gigantesque statue constitue une étape nécessaire à tout visiteur vietnamien ou étranger. SAIGON , BRILLANTE ET BRUYANTE Ce n’est pas à Saigon que l’on viendra chercher sérénité et repos. Les férus de littérature partiront sur les traces de Marguerite Duras, née ici dans un quartier de banlieue en 1914. Le lycée Chasseloup-Laubat, où elle étudia, est rebap- tisé Lê Quy Dôn ; le quartier chinois de la garçonnière de L’Amant vibre toujours au rythme des commerces ; le bâti- ment des Messageries maritimes, belle maison coloniale à la façade rose, est aujourd’hui le musée Hô Chi Minh. Pour les autres, la ville virevoltante au gré de milliers de scooters et centaines de gros 4x4 de luxe, tout klaxon dehors, ne laisse à aucun moment présager que virent ici le jour des « gentils calmes » comme Chantal Goya, Richard Cocciante, Jacques Chancel, Graham Greene ou Bernard Moitessier. Telle est l’ex-capitale de Cochinchine : remuante, brillante et bruyante. Comme pour préparer à investir son joyau, le delta du Mékong : bouillonnant, buissonnant et barbotant. En haut à gauche : le ballet incessant des scooters, tout klaxon dehors, investit toutes les rues de Saigon, sans perturber les anciens immeubles coloniaux. En haut à droite : la Poste centrale de Saigon est un monument incontournable pour son architecture métallique conçue par Gustave Eiffel. En bas à gauche : inspiré de l’architecture de l’opéra de Paris, mais façade reprise sur le Petit Palais de la capitale française, l’Opéra de Saigon, construit en 1900, fut durant la guerre le siège du parlement de la république du Vietnam. En bas à droite : sur l’esplanade face à l’hôtel de ville de Saigon, construit par les Français, trône la statue géante de Hô-Chi-Minh, devant lequel on se doit de se prendre en photo.

RkJQdWJsaXNoZXIy NTUzMDA5