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Salaün mag | Page 96 REPORTAGE | Delta du Mékong D e sa source des hauteurs de l’Himalaya à son déversement océanique en Mer de l’Est (on ne dit pas Mer de Chine au Vietnam, géopolitique oblige), le Mékong aura irrigué six pays : Chine, Myanmar (Birmanie), Thaïlande, Laos, Cambodge et enfin Vietnam. Plus de 70millions de personnes vivent directement de ses bienfaits au long de son parcours, tantôt fougueux, tantôt langoureux. Et riche en transport d’alluvions fertiles qui lui donnent sa couleur brune. Les Neuf Dragons, reliés entre eux par une foultitude de rus, rivières et canaux, vont se charger de déposer cette manne bénie sur les 39000 km 2 du delta, divisé en 12 provinces et une capitale régionale Can Tho. UN FLEUVE NOURRICIER Grenier à riz du Vietnam, le delta peut se permettre toutes les excentricités agricoles, du maraichage le plus divers aux bonsaïs en pleine extase de minimalisme esthétique ici avant d’aller s’inviter chez tous les pépiniéristes de la planète. Mais ce sont bien les fils du Mékong, ses « indigènes » et leurs flot- tilles parfois inconcevables qui mènent la danse d’une vie qui doit tout à l’eau brune. « C’est donc pendant la traversée d’un bras du Mékong sur le bac qui est entre Vinh Long et Sadec dans la grande plaine de boue et de riz du sud de la Cochinchine, celle des oiseaux. Je descends du car ; je vais au bastingage. Je regarde le fleuve. Ma mère me dit quelquefois que jamais, de ma vie entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands, aussi sauvages, le Mékong et ses bras qui descendent vers les océans, ces territoires d’eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans. » Qui mieux que Marguerite Duras, fille de l’institutrice de Sadec, pour poser le cadre dans son bestseller mondial « L’Amant », prix Goncourt 1984 ? Le bac qu’elle emprunta alors qu’elle n’avait que 15 ans et demi ce jour-là n’existe plus. En 2000, il a été remplacé par un moderne pont à haubans pour rapprocher le delta de Saigon, l’incontournable. Page précédente : vietnamienne vendant des fruits sur un marché flottant du Delta du Mékong. À droite : sur les chemins amenant du delta aux proches rizières et bananeraies, vélos et scooters jouent Vietnam d’hier et Vietnam d’aujourd’hui. Ci-dessous : au cœur de la journée, les bras les plus importants du Mékong se transforment en lentes autoroutes fluviales avec cargos surchargés, canots de traversée pour les riverains, jonques à touristes...
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