salaun-mag-13
p a r Ko u i d e r M e t a i r * Oran, en Méditerranée C ité berbère, arabo-musulmane, andalouse, espagnole, juive ou bien française et européenne, Oran l’algérienne, c’est un peu tout cela. Comme beaucoup de villes médi- terranéennes, c’est une cité au patrimoine stratifié, aux origines diverses. Les Phéniciens s’ins- tallent du côté de la superbe crique de Madagh. À l’est, on retrouve les Romains à Portus Magnus. Dans la baie d’Oran, Mers el-Kébir − Portus Divinus pour les Romains − est une rade naturelle excep- tionnelle en Méditerranée, objet de toutes les convoitises. Les Andalous de Cordoue, attirés par ce grand port, fondent, à une encablure, la ville d’Oran en 902. Les Espagnols y construisent une fortification imprenable, subis- sant de terribles sièges comme celui, en 1560, de l’Ottoman Hassen Pacha, qui inspira Miguel Cervantès pour sa comédie El gallardo español. Les Anglais y attaquèrent la flotte française en juillet 1940. Deux ans plus tard, les Américains en font une base pour leur victorieuse campagne d’Italie. La marine française décide, après la fin de la guerre d’en faire une base stratégique. Mers el-Kébir sera le Toulon du sud de la Méditerranée. Les Omeyyades de Cordoue ont donc fondé la ville et lui ont donné un nom : Wahran, qui voudrait dire, en berbère ancien : deux lions. Ces lions de l’Atlas, dont parle Cervantès dans son célèbre roman Don Quichotte au xvi e siècle et Alphonse Daudet au xix e dans Tartarin de Tarascon, sont devenus de nos jours les symboles de la ville et ornent de leur imposante sculpture l’entrée de la mairie d’Oran. Les Fatimides, rivaux des Omeyyades et des Abbassides, vont prendre Oran d’où ils vont partir pour fonder le Caire et El Azhar. Ensuite vint le tour des dynasties du Maghreb : Almo- ravides, Almohades, Mérinides de Fès et enfin les Zianides de Tlemcen… Ensemble, elles totalisent près de six siècles de présence musulmane. La prise de Constantinople, suivie de la chute de Grenade, va, plus tard, avoir des conséquences directes sur Oran. C’est ainsi que celle-ci va subir de plein fouet les effets de la Reconquista. Mers el-Kébir d’abord, ensuite Oran en 1509 deviennent des posses- sions espagnoles que tentent de reprendre avec pugnacité les Ottomans. Ces deux puissances de la Méditerranée se disputèrent dès lors Oran pendant trois siècles! Les Espagnols bâtirent un système défensif impression- nant, fait de châteaux forts et d’un chapelet de fortins, le tout relié par un ingénieux système de galeries souterraines. Ils trans- formèrent ainsi Oran l’andalouse en un grand bagne militarisé, un presidio mayor. C’est pourquoi les visiteurs sont étonnés de ne pas trouver de Médina mais plutôt les remparts bien conservés de la citadelle : El Castillo Viejo, qu’on appelle ici kasbah.
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