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Salaün mag | Page 28 GRAND ANGLE | L’Algérie Le monastère de Tibhirine se situe à Médéa, à moins d’une centaine de kilo- mètres au sud d’Alger. Si cette zone montagneuse est assez aride, le monas- tère en lui-même occupe un ancien domaine colonial, une sorte de jardin d’éden à la végétation luxuriante, offrant à la vue des vergers, des potagers, des vignes, des oliveraies… C’est làqu’en1938, desmoines trappistes français avaient fondé l’abbaye Notre- Dame de l’Atlas. Lorsque le domaine fut nationalisé en 1976, ils gardèrent la jouissance du monastère et de quelques hectares de terre qu’ils travaillaient, en parfaite harmonie et entente avec la population locale, pour laquelle lemonas- tère jouait aussi le rôle de dispensaire. Jusqu’aumois demars 1996. Dans la nuit du 26 au 27, des individus s’introduisent dans l’abbaye et enlèvent sept des neuf moines présents dans les locaux. Le 21mai suivant, le Groupe islamique armé (GIA) annonce dans un communiqué l’assassinat des sept moines, dont on ne retrouvera jamais les corps. Seules leurs têtes seront retrouvées, une semaine après cette revendication, près deMédéa. Les frères Christian, Luc, Christophe, Michel, Bruno, Célestin et Paul reposent désormais dans un petit cimetière, au cœur de l’abbaye. Aujourd’hui encore, cet enlèvement, qui provoqua l’incompréhension et la colère des voisins musulmans du monastère, conserve une part de mystère et fait toujours l’objet d’une enquête des auto- rités judiciaires françaises. Le film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux , sorti en 2010, a replacé dans son contexte cet événement tragique. En 1996, la guerre civile était à son paroxisme et la région de Médéa, avec ses montagnes, était un repaire connu des terroristes du GIA. Le film montre de manière intense et dramatique le dilemme auquel étaient alors confrontés les moines : céder à la menace présente et partir, ou rester témoigner de leur foi et de leur volonté de paix entre les hommes et les religions. Et de leur dévouement à l’Algérie. Aujourd’hui, les moines ont quitté Tibhi- rine, mais le monastère existe toujours. Son fonctionnement quotidien et son entretien sont assurés par des laïcs qui viennent de France et se relaient. Ils assurent également la visite de l’ab- baye et l’accueil des visiteurs, impres- sionnés par le sacrifice des moines, qui continue à donner à ce lieu d’une excep- tionnelle beauté une dimension spirituelle et mystique toujours intacte. Un passage à Tibhirine ne s’oublie pas. Monastère de Tibhirine Sombre nuit au jardin d’Eden

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