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Salaün mag | Page 18 p a r Ya h i a B e l a s k r i * Alger se découvre on ne s’y prépare pas * Yahia Belaskri est né à Oran en 1952. Après les événements d’octobre 1988 en Algérie, il quitte son pays pour la France. Journaliste, romancier, nouvelliste et essayiste, il écrit de nombreux articles sur les relations entre la France et l’Algérie, le dialogue des cultures dans le bassin méditerranéen, mais aussi sur la guerre civile et l’extrémisme religieux qui ont plongé son pays dans l’horreur pendant une décennie. C’est le thème de son roman Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut , qui a obtenu en 2012 le prix Étonnants Voyageurs - Ouest- France, parrainé par Salaün-Holidays. Cette violence qui marque l’histoire de son pays est encore le thème central de son dernier essai Le livre d’Amray , qui vient de paraître aux éditions Zulma. Q ue ne l’a-t-on appelée ! El Mahroussa (la bien gardée), El Bahja (la Joyeuse), El Beida (la Blanche), la Mecque (des révolutionnaires). Que ne l’a-t-on chantée ! Depuis le poète Momo, qui l’appelait « ya bahjati» (ô ma joie!), ode d’amour. Que ne l’a-t-on représentée ! Les peintres d’abord, depuis Delacroix jusqu’aux jeunes artistes d’au- jourd’hui, en passant par Chasse- riaux, Fromentin, les frères Racim, Mesli. Les photographes ensuite, depuis Delemotte, au début du xixe siècle jusqu’au jeune Améri- cain AndrewG. Farrand, amoureux d’Alger ces dernières années, en passant par Geiser. Que ne l’a-t-on filmée ! Depuis Pépé le Moko de Julien Duvi- vier en 1937 jusqu’aux Terrasses de Merzak Allouache en 2013, en passant par Casbah de John Cromwell en 1938 ou La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo en 1966 ou encore Alger la Blanche de Cyril Collard en 1986. Que n’a-t-on écrit à son propos ! Beaux-livres, romans, essais, poésie, même la bande dessinée s’est emparée de la ville pour exprimer sa beauté, son attrait, ses multiples atouts. Alger, ville capitale, grouillante, vibrante, plurielle par ses héri- tages, diverse par son architecture, étonnante par de multiples aspects, sublime par son site, agrippée à une colline, disposée en gradins en forme d’escalier, ouverte sur la mer blanche du milieu. Alger, ville de failles et de sursauts, ville de contrastes et de paradoxes, ville du soleil et de la tragédie, elle a toujours tremblé : à chaque fois elle s’est régénérée. Ville du prix Nobel de littéra- ture Albert Camus et de poètes illustres tels Jean Sénac ou Kateb Yacine, « elle (est) toujours comme une étoile qui brille de sa lumière propre », affirme Francesco Gattoni, photographe italien de Paris qui a sillonné le monde et qui s’est pris d’amour pour Alger. Alger se découvre, on ne s’y prépare pas. Le pied posé, il s’agit de rentrer respectueusement, car elle n’aime pas se faire bousculer, elle se rebiffe. Avec douceur, même lorsqu’il fait mauvais temps, alors les cœurs s’ouvrent, avec sincé- rité toujours. Ainsi s’offrent les senteurs fugitives du jasmin encore présent, les odeurs de menthe et de coriandre qui s’exhalent des fenêtres ouvertes. Elle se découvre depuis les hauteurs de la ville au coucher du soleil quand la rumeur enfle et envahit son ciel lumineux : les appels à la prière qui se suivent et se chevauchent, coups de klaxon répétés, récurrents, voix multi- ples se mêlant dans un charivari indescriptible. Depuis le balcon Saint-Raphaël, il faut dévaler les escaliers en traversant les jardins et en prenant soin de visiter les deux musées côte à côte, celui des Antiquités et celui de l’Art isla- mique avant de se reposer au parc de la Liberté, anciennement parc Galland. Sur le chemin, se trouve l’église du Sacré-Cœur, puis s’ouvre la rue Didouche Mourad, et on peut avoir une pensée pour le poète Jean Sénac qui vivait non loin de là, rue Élysée-Reclus. Elle se découvre aussi par la mer. Il faut prendre un bateau-taxi depuis la Pêcherie pour rejoindre Djemila (ex-La Madrague) et découvrir un panorama vertigineux. Alger, ville passerelle pour l’à-venir, un pont pour plus loin, invisible encore, ville énergique, puissante et vaillante, par ses enfants, vibrants, tendus vers le monde et ses mystères, animés par la vie et ses joies. « Alger, capitale méditerranéenne de la culture », propose l’écri- vain Hubert Haddad. Un rêve à construire pour s’ouvrir une voie au milieu de la Mer blanche du milieu et proposer à ses citoyens — quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent — la possibilité de vivre dans l’harmonie. Alger méditer- ranéenne, se réclamant pleine- ment de l’Afrique et des héritages qui la constituent, ouverte sur le monde, faisant sienne la devise de l’émir Abd el-Kader : «Tout être est mon être».

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