Salaün Mag 12
Salaün mag | Page 109 décors néogothiques et romantiques L’ensemble est surtout dominé par une imposante cheminée recouverte de pans de chêne sculptés à la décoration très chargée. Elle illustre bien les goûts néogothiques du XIX e siècle, porté notamment par le courant littéraire du romantisme, qui a durablement influencé l’auteur de Notre-Dame de Paris . L’un des panneaux sert de porte cachée à une chambre noire. Victor Hugo s’est en effet très tôt intéressé à la photographie et a vite compris les opportunités qu’offrait ce nouveau média. Exilé à Guernesey, il pouvait être, d’une certaine manière, présent en France grâce aux nombreux portraits de lui qui étaient ensuite très largement diffusés dans l’Hexagone. le poids des ancêtres La cheminée de la salle à manger voisine n’en est pasmoins imposante, recouverte cette fois de faïence et ornée d’un double H, en référence à Hauteville House. On y découvre une solide table à manger où, chaque semaine, Victor Hugo invitait des enfants pauvres de l’île à déjeuner, ce qui lui a valu une grande popularité, toujours d’actualité, chez les insulaires. Ces derniers lui ont d’ailleurs inspiré Les Travailleurs de la mer , dont il a écrit : « Je dédie ce livre au rocher d’hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le petit peuple de la mer, à l’île de Guernesey, sévère et douce ». Une sorte de trône médiéval était censé accueillirlesespritsdesancêtresdeVictor Hugo. Mystique, l’écrivain accordait une importance particulière à l’au-delà et à sa généalogie. On retrouve à divers endroits de la maison des références aux Hugo de Lorraine, une famille noble du Moyen Âge, dont le très républicain Hugo disait descendre. Cette parenté était imaginaire. Victor Hugo a également pratiqué le spiritisme, expérience qu’il a relatée dans Les Tables tournantes de Jersey . Il était d’ailleurs convaincu d’avoir communiqué avec l’âme de sa fille Léopoldine. Le mysticisme de l’écrivain et la thématique de la mort s’expriment particulièrement dans la grande chambre du deuxième étage. Une fois encore, le décor est très chargé, presque lugubre. Victor Hugo n’y a d’ailleurs dormi que trois fois. Les deux salons du premier étage sont tout aussi étonnants, mais plus lumineux avec leurs tapisseries rouge et bleue, leurs couleurs vives et de larges fenêtres donnant sur le jardin de la demeure. On y trouve une décoration éclectique, avec des chandeliers dorés, un bouddha et des « chinoiseries » alors très en vogue. fabrique de chefs - d ’ œuvre On accède au dernier étage par la bibliothèque, qui conserve une partie des ouvrages ramenés par Victor Hugo dans l’île. Il comprend une vaste verrière, très lumineuse, où Victor Hugo venait écrire. Ce n’est pas sans émotion que l’on découvre la petite table de travail, de 1 m 2 à peine, où plusieurs chefs- d’œuvre comme Quatrevingt-Treize et Les Misérables ont été écrits. La vue est époustouflante sur le port de Saint-Pierre et sur les îles environnantes. Par temps clair, on aperçoit les côtes normandes. Victor Hugo pouvait également surveiller si le Second Empire n’envoyait pas un navire pour tenter de le capturer. À côté, une petite chambre donnant sur le jardin accueillait l’écrivain. C’est en 1927 que les petits-enfants de Victor Hugo ont fait don de Hauteville House à la mairie de Paris, qui gère aujourd’hui les visites. Ces dernières sont limitées à des groupes de dix personnes pour des raisons de sécurité et de protec- tion des objets. Il est donc préférable de réserver à l’avance pour découvrir cette fabuleuse demeure, devenue l’une des attractions de l’île, qui a tant contribué à façonner la légende de l’un des monu- ments de la littérature française. Je dédie ce livre au rocher d’hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le petit peuple de la mer, à l’île de Guernesey, sévère et douce
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