Salaün Mag 12

UN LIEU, UNE HISOIRE | Victor Hugo à Guernesey Salaün mag | Page 106 Les Capelles Les Varendes St Martin Jerbourg Icart Grandes Rocques Grand Fort Pulias Bordeaux Pleinmont Le Coudré La Hougue מּ e Les Sages Les Brehauts Sous l’Église Les Vauxbelets La Villiaze Le Bigard Torteval Le Variouf Le Landes L’Erée Perelle Vazon Fort Hommet Castle Cornet Cobo Les Genâts La Manche Saint-Pierre-Port GUERNESEY 1 km En 1856, Victor Hugo emménage à Hauteville House à Guernesey. Durant le temps de son exil, il n’aura de cesse de façonner sa demeure, la décorant de manière parfois étrange, et il y écrira quelques- uns de ses chefs-d’œuvre, dont Les Travailleurs de la mer . Elle est aujourd’hui l’une des curiosités touristiques de l’île. ERWAN CHARTIER-LE FLOCH C harles Hugo, le petit-fils de l’écrivain, disait de Hauteville House qu’elle était « un autographe à trois étages, un poème en plusieurs chambres ». En effet, peu de « demeures des illustres » démonstrent à ce point la volonté de leur occupant de se mettre en scène, de faire de son habitation une œuvre en elle-même et n’ont autant contribué à forger sa légende que cette solide bâtisse sur les hauteurs de Saint Pierre Port, la capitale de Guernesey. C’est le 31 octobre 1855 que Victor Hugo débarque dans cette île anglo-normande. Écrivain reconnu, notamment depuis la fameusebatailled’ Hernani , unepiècede théâtre romantique qui crée le scandale, Victor Hugo est aussi un intellectuel engagé. Élu à l’Assemblée nationale en 1848, il s’est opposé au coup d’État de L ou i s - Na po l é on Bonaparte en 1851. Il a ensuite fui en Belgique, puis a été contraint de rejoindre Jersey. Au début de 1856, il acquiert Hauteville House, sur l’île voisine de Guernesey, dont la loi stipule qu’on ne peut expulser un propriétaire. C’est l’ancienne demeure d’un corsaire, inhabitée depuis qu’on l’a dite hantée par l’esprit d’une femme suicidée. Victor Hugo peut l’acheter grâce au succès des Contemplations, qui lui ont rapporté de nombreux droits d’auteur. surprendre les visiteurs L’écrivain y a vécu pendant quatorze ans, jusqu’à la chute de Napoléon III. Il y fait ensuite trois séjours, notamment en 1872, lorsqu’il revient y séjourner plus d’un an. Il va surtout la transformer et la décorer suivant ses goûts peu orthodoxes. L’un des buts avoués de Victor Hugo était d’ailleurs de surprendre ses visiteurs. Près d’un siècle et demi plus tard, l’effet recherché fonctionne toujours. Après son installation avec sa famille (ses enfants et sa femmeAdèle rentreront sur le continent avant lui), Victor Hugo fréquente les brocantes pour y dénicher de nombreux meubles, dont plusieurs bancs-coffres qu’il fait démonter et installer dans sa maison. Plusieurs d’entre eux recouvrent ainsi le vestibule très sombre que l’on découvre en entrant. Sur le mur principal, ils cachent une porte dérobée qui donne sur la salle du billard. Dans cette dernière sont conservés quelques dessins de lui et plusieurs portraits, dont ceux de sonpère, legénéral et comte d’Empire Joseph Léopold Hugo, de sa femme Adèle et de ses enfants, dont Léopoldine, la fille adorée, décédée tragiquement par noyade en 1843. Cet espace constitue une sorte de préface à la visite, qui se poursuit par le salon des tapisseries, remontant aux XVI e et XVIII e  siècles. Sur l’une d’entre elles, on peut lire noble play (noble jeu), la seule inscription en anglais de la maison. « Quand l’Angleterre voudra causer avec moi, elle apprendrama langue », affirmait, quelque peu péremptoire, Victor Hugo, qui ne fit jamais l’effort de l’apprendre. Il est vrai que le français, ou plutôt le franco-normand, était encore très parlé dans l’île. Il en demeure toujours l’une des langues officielles.

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